‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 18 sur 396 · UN AMOUR VRAI · texte numérisé non relu

UN AMOUR VRAI

Enfant si pur, de tant d'esprit A trois ans que la mort nous prit ?

Notre vie avait perdu. Femme, Disions-nous, toute sa saveur,

D’avoir pris l'enfant dans la fleur,

Béni, sois-tu, Dieu Créateur !

Nons avions Jean, ton orgueil, Femme, Le Benjamin de tes enfants,

Qui vécut quelques courts printemps, Et mourut bien avant son temps !

Nous avons Jeanne encore, Femme, Une autre Toi !... je l’espérais ....

Mais avilie à tout jamais,

L’infâme est notre honte .... Paix !

Et pourtant c’est notre enfant, Femme, L’ai sauté sur mes genoux . . . quoi 1 Et le mal qu’elle a fait, ma foi,

Ne lui fut enseigné par toi !

Nous étions fiers, n’est -ce pas. Femme, De sa beauté, de sa candeur,

Et n'ai lavé son déshonneur Dans le sang de son séducteur !

J’avais de ces noirs pensers, Femme,

A sa face je l’ai maudit !

Moi pauvre, ce riche bandit Le punir eut été délit,

Et l’échafaud m'atteudait, Femme ; J'en avais fait mon deuil, bonsoir!

Mais il dut la vie — au savoir Que j’avais de ton désespoir.

Dans ta figure vois-tu, Femme,

Il est certain je ne sais quoi

Qui, toujours, prend pouvoir sur moi

Pour calmer mon cœur en émoi :

Tes lèvres sans sourire, Femme,

Ton front sillonné de douleur,

Ton œil résigné, ta pâleur,

Ton port pliant sous le malheur;

Ces signes en disent tant, Femme,

Que de pleurs se mouillent mes veux ;

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