UN AMOUR VRAI
Enfant si pur, de tant d'esprit A trois ans que la mort nous prit ?
Notre vie avait perdu. Femme, Disions-nous, toute sa saveur,
D’avoir pris l'enfant dans la fleur,
Béni, sois-tu, Dieu Créateur !
Nons avions Jean, ton orgueil, Femme, Le Benjamin de tes enfants,
Qui vécut quelques courts printemps, Et mourut bien avant son temps !
Nous avons Jeanne encore, Femme, Une autre Toi !... je l’espérais ....
Mais avilie à tout jamais,
L’infâme est notre honte .... Paix !
Et pourtant c’est notre enfant, Femme, L’ai sauté sur mes genoux . . . quoi 1 Et le mal qu’elle a fait, ma foi,
Ne lui fut enseigné par toi !
Nous étions fiers, n’est -ce pas. Femme, De sa beauté, de sa candeur,
Et n'ai lavé son déshonneur Dans le sang de son séducteur !
J’avais de ces noirs pensers, Femme,
A sa face je l’ai maudit !
Moi pauvre, ce riche bandit Le punir eut été délit,
Et l’échafaud m'atteudait, Femme ; J'en avais fait mon deuil, bonsoir!
Mais il dut la vie — au savoir Que j’avais de ton désespoir.
Dans ta figure vois-tu, Femme,
Il est certain je ne sais quoi
Qui, toujours, prend pouvoir sur moi
Pour calmer mon cœur en émoi :
Tes lèvres sans sourire, Femme,
Ton front sillonné de douleur,
Ton œil résigné, ta pâleur,
Ton port pliant sous le malheur;
Ces signes en disent tant, Femme,
Que de pleurs se mouillent mes veux ;