‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 215 sur 396 · LC CHANT 1)ES SIRÈNES · texte numérisé non relu

LC CHANT 1)ES SIRÈNES

> Apportent à la Volupté

Tous les trésors d’un éternel été,

Et dans leurs chants mystiques, Par gammes chromatiques, Carillonnent tous les bonheurs,

Tous les pensers d'amour, tous les propos flatteurs ;

Musique Unique !

Qui chatouille l’oreille, et va griser le cœur,

Et lui faire oublier qu'existe la douleur.

Ici c’est du nectar, non pas de l'eau rougie

Qu’on boit ; ici sont les ris et les jeux,

Des mets fins et délicieux,

Et plus divine encor de l'amour est l’orgie.

Oui tout ce que le cœur Peut rêver de bonheur,

Tout ce que le désir peut créer d’espérance

Qu’il étreint avec complaisance,

Est ici dans ces lieux ;

Viens sur son lit de duvet et de rose En t’attendant la Volupté repose Dans son alcôve aux jours mystérieux.

Comment déjà n’a-t-il pas son message Eveillé dans tes sens les flammes du jeune âge?

Viens ici, viens ici, viens sur son lit de fleurs T’attendent des amours les souris enchanteurs I

Ici tes jours seront filés d’or et de soie;

Sur son lit de duvet avec la V olupté

Tu peux folâtrer avec joie,

Et boire l’immortalité !

Pourquoi d’un tel banquet fuirais-tu les délices,

Et pourquoi refuser des destins si propices?

Pour t'élancer, pervers,

De par cet univers,

Où tout ce qui respire Subit le froid empire De la vexation,

Et de la désillusion ?

Pourquoi par un excès de vanité stupide,

Te détruire toi-même en courtisant le vide

Do la mondaine ambition ?

Pourquoi voulant être archi-sage s 2

LE ClIANT DEB SIRÈNES.

Déd*igner un bonheur pur de tout alliage ?

Pourquoi donc être désireux Vivre où ce que tu vois ne satisfait tes yeux,

Où tout ce qu’entend ton oreille A nos suaves chants n’offre douceur pareille ?

Là ta soif de savoir point ne s’étanchera,

Et ton vain déBir échouera.

Ne le sais-tu donc pas, las ! qu’avec la croissance De la sagesse, vient en plus grande abondance Et le chagrin et la douleur?

Que quand nous quitte l’ignorance,

En arrière elle laisse en plein dans notre cœur

Parfois quelque souci rongeur.

Ne le sais-tu donc pas, hélas 1 que toutes choses Et les épines et les roses,

La malédiction, le bonheur, le succès,

Aux bons aussi bien qu’aux mauvais, Tombent selon que le hasard l’ordonne Sans nul égard à la personne ?

Car la course n’est pas aux plus légers coureurs,

Pas plus qu’aux forts n’est la victoire ; La folie a son siège où trônent les grandeurs,

Et, le fait est notoire, Souvent c’est aux plus innocents Que la Fortune offre ses plus beaux gants.

Le sort, sans plus de commentaire, Jette à tous, les biens de la terre Au méchant comme au bon, au sot comme au savant,

Au croyant comme à l’incroyant.

Le hasard à chacun applique Dans le seul but de lui faire la nique,

Dans la vie aussi dans la mort,

Un droit égal; c’est là son fort.

Quelque chose que fasse l’homme, Qu’il soit sage ou soit fou, manant ou gentilhomme,

Qu’il soit fidèle ou bien sans foi,

Qu’il soit sujet ou roi,

Dans le fleuve d’oubli bientôt se perd en somme ;

Le pécheur et le saint, c'est la commune loi Pourrissent dans la terre, y font leur dernier somme.

Nos chants sont impuissants. — Il poursuit son chemin Un Dieu jaloux nous a dérobé notre proie 1

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