‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 214 sur 396 · LE CHANT DES SIRÈNES · texte numérisé non relu

LE CHANT DES SIRÈNES

Sage aujourd'hui par intuition,

Complète est ton instruction :

Minerve t’a doué de grande intelligence,

Et tes faits accomplis sont des faits d'importance ;

Ta sagesse a cherché partout à découvrir Les leçons du passé, le mot de l’avenir,

Les effets et les causes De toutes choses.

A quoi t’a servi ce labeur?

A -quoi t’a servi ta recherche?

Cherche ! . .

Car bien que le labeur de tout soit le moteur,

Il est vain, et n’est pas le chemin du bonheur.

Vois le soleil I . . l’aurore aux doigts de rose Ouvre à son char les portiques des cieux Chaque matin ; lui d’un regard piteux Promène ses ennuis tout le jour, c’est morose,

Jusqu’à ce que le malheureux Aille dans le sein d’Amphytrite Noyer son spleen et retrouver son gîte

Toujours, toujours,

C’est son métier de tous les jours.

Lorsque du nord a bien soufflé Borée,

Il revient du midi faire une échauffourée

Toujours, toujours,

C’est son métier de tous les jours.

Vois! la mer engloutit dans ses vastes cratères Les fleuves, les torrents, les ruisseaux, les rivières,

Tout se déverse en son bassin,

Ce large égoût du genre humain,

Eh bien ! la mer n’en est pas plus remplie,

Car le soleil la boit, parfois jusqu'à la lie,

Et le nuage en gouttes d’eau,

Ou bien en blancs flocons de neige,

La reverse à nouveau Sur la plaine et sur le coteau Afin d’aider à l’éternel manège

Toujours, toujours,

C'est son métier de tous les jours.

Sous le soleil et son couvercle,

Sous la quadrature du cercle,

Hien n’est nouveau ; ce qui sera

LE CHANT DES SrBÈNEB.

Est depuis longtemps de l'histoire; Oui, ce qui fut fait se fera,

C’est toujours le même grimoire.

Et maintenant tout franchement, dis-moi, N’est -ce pas de même avec toi?

Dans le train-train écoeurant de la vie Qu’as-tu trouvé ?.. La vanité I l’envie I Ou la vexation du cœur

T’ouvrant à deux battants les portes du malheur.

De tes mains regarde l'ouvrage.

Pour toi d'un tel labeur fut -il un avantage?

Pas un. Tu puisas le chagrin Chaque jour pour le lendemain,

Et quand la nuit sur toi déverse Le repos . . . c’est à la renverse 1

Ici donc Sage Voyageur Arrête-toi, c’est l’ancre du bonheur ;

Oh ! ne fuis pas l'abri de ces berceaux féeriques,

Ne fuis pas la douceur de nos accents magiques,

Après tes immenses travaux Ici tu trouveras le plus charmant repos ;

De ce riant chez nous ne détourne ta proue,

Mieux vaut pris sur le sein d'Eros Le vin, le doux vin de Naxos,

Qu’un avenir qui fait la moue.

Ici tu trouveras un refuge certain

Contre les maux du genre humain, Contre les souvenirs funèbres,

De l'avenir aussi contre les noirs ténèbres.

Ici vois-tu, d’argent sous nos lambris,

Vivent de charmantes houris Dont le gentil devoir, dont la gentille essence Est toujours à nouveau d’émoustiller les sens,

De donner du piquant par leur aimable danse,

Par leurs délicieux accents,

De la Volupté même aux plaisirs énivrants.

Comme une fièvre ardente ici glisse la vie,

On n’y connaît le trouble ni l'envie,

C’est un gala perpétuel,

On n'imagine rien de tel,

Où des nymphes joyeuses, Jamais capricieuses,

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