MARCH (RICHARD
Les Heures de Prédilection du Poète.
** De u» nobia hœc otia fecit."— Virg.
Le poète est heureux lorsque le soleil filtre Parmi les champs, à travers l’eau,
Et lorsque de l’aurore ayant bu le doux philtre Prêt à chanter se réveille l’oiseau.
Il se plaît à longer la rivière indécise Où frémissent les joncs courtisés par la brise.
Le poète se plaît quand s’ébat le zéphyr Au milieu des chaleurs extrêmes,
A contempler l’abeille aux ailes de saphir
Pour son butin faisant efforts suprêmes,
270 UN CHAPITRE DE l’HIBTOIBE DU PATS DES NUAGES.
Voltiger, s'arrêter, aller de flcnr en fleur Pour en pomper l’arome, en humer la saveur.
Le poète se plaît lorsque le crépuscule Du jour éteint devient la nuit,
Quand l'oiseau fatigué, rentré chez lui, module Une prière en son gentil réduit,
A peser le pourquoi du sublime mystère Qui dérobe à nos yeux le char de la lumière.
Le poète se plaît quand les esprits de nuit Ont possession de la terre,
Quand se tait la nature à l'heure de minuit,
Et que blanchit l'étoile lactifèrc,
De la mort évoquant le triste souvenir A tirer du passé le mot de l'avenir I Du poète voilà les heures favorites,
Les heures d'intime douceur,
Qui le font ressembler aux pieux cénobites Qui du désert rêvaient au Créateur ;
Moment délicieux qui l'enlève à la terre En l'inondant soudain d'un bonheur . . . éphémère.