LES HEURES DE PRÉDILECTION DU POÈTE
Oh I que le coeur d'un chrétien a besoin D’être veillé de près avec grand’ patience ,
Pour que jamais le moindre petit coin N’en reste maculé par de folle semence.
Les tendres soins d’un père ou d’un pasteur Doivent mettre il néant le chardon et l’épine,
Cependant que le divin possesseur Du céleste jardin et l'émonde et le bine.
Je méditais ainsi dans mon jardin,
De la chute de l’homme, en lui, portant la trace,
N’ignorant pas que nous avons enfin Tous besoin de pardon — ayant soif de la grâce 1
Mon Dieu puissé-je, esclave du devoir De chaque faculté cultivant la puissance,
Et de mon cœur éclairant le dortoir Par les feux de la foi, par ceux de l’espérance,
Le voir un jour ce merveilleux jardin Où le beau seul fleurit d’une gloire immortelle,
Où ne saurait germer le mauvais grain,
Où n'auront plus d’accès la ronce et la nielle.
Dans ce jardin, le Paradis de Dieu,
Ni chardons, ni péchés ne salissent la terre ;
La fleur au jour jamais ne dit adieu,
Immortelle, elle vit sous le bleu de la sphère.