UN CHAPITRE DE L’HISTOIRE DU PATS DES NUAGES
Et je me demandais, témoin de cette scène,
De quelle force était l'anneau de cette chaîne Qui retenait encor dans ce séjour boueux Le saint élan d’une âme en route pour les cieux.
Je ne m’étonnai plus ; car je vis une mère Enlaçant sur son sein créature bien chère ;
Les lèvres du petiot, son œil d’un tendre bleu De la mère semblaient guetter le triste adieu.
Un désespoir sans nom, un élan de tendresse,
De la mère un instant soulagea la détresse ;
Puis son cœur fit soudain cette prière à Dieu :
“ Fais que ce cher enfant le retrouve au saint lieu ! "
Silencieux et lent toujours cet Assemblage Porté par le zéphyr, au plus haut du nuage Montait ; je l’épiais, quand je vis un Esprit Qui semblait adhérer à son terrestre nid.
Agenouillé quelqu’un le retenait sur terre :
“Peux-tu,” lui disait-il, “ohl peux-tu bien ma chère,
Me laisser désolé, seul, en proie aux regrets,
Et veuf de ton amour, fl toi que tant j’aimais ! ”
De son manteau de neige elle voile sa tête,
Ne pouvant plus parler, le contemple et s’arrête ;
Faible est le cœur humain, mais que l’amour est fort !
Il s'insurge parfois, même contre la mort.
Dans un combat sans nom alors la pauvre femme A l'époux délaissé voulut river son âme ;
Mais inutilement, ce grand effort fut vain,
Et vers le ciel d’azur elle joignit soudain
Cette procession brillante et vaporeuse,
Du nuage arpentant la splendeur toisonneuse !
Alors je vis venir d’un autre bout du ciel De chérubins sans nombre un essaim solennel ;
Il semblait qu’ils venaient d’au-delà de la nue,
Aux nouveaux arrivants dire la bien-venue ;
Charmant à voir était leur œil brillant et pur,
De clarté radieuse il reflétait l'azur.
Je les vis s’aborder ces heureuses phalanges D’élus, de chérubins, de beaux anges, d'archanges,