‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 23 sur 396 · LE GRAND LIVRE · texte numérisé non relu

LE GRAND LIVRE

Tout se tait à la fois Et la plaine et les bois,

La nature assoupie est en deuil de sa voix.

Dieu créateur des fleurs, Dieu des Abeilles,

Nous bourdonnons vers toi Dieu des merveilles, Te chantant le bonsoir, Tandis que sans te voir Notre Reine demeure en son riche manoir.

O Roi du ciel, ô Seigneur des délices, Inonde-nous de tes regards propices,

Que court soit ton sommeil Dans l’océan vermeil,

Et de l'Abeille enfin viens hâter le réveil !

Le Grand Livre.

Que livres imprimés ne soient la nourriture

De ton jeune esprit seulement ;

Lis au Livre de la Nature,

C’est là le meilleur rudiment.

Il est toujours ouvert, de Dieu c'est l’écriture Qu’en ses lettres do feu montre le firmament.

Vois paraître au matin l'éblouissante aurore,

Vois ses pleurs sur feuilles et fleurs, D’orage vois le météore, L’arc-en-ciel aux mille couleurs,

Du vent et de la mer entends le bruit sonore,

C’est par toutes ces voix que Dieu parle à nos cœurs.

Vois les pics recouverts d’une neige étemelle A d'immesurables hauteurs, Dominant la terre rebelle De Dieu raconter les grandeurs ;

Le volcan les secoue et souvent les harcèle,

Mais eux restent debout, immuables vainqueurs.

Vois des gentils ruisseaux glisser les eaux badines Fertilisant partout le sol ;

Vois les troupeaux sur les collines ; Entends le soir le rossignol,

Ou bien au point du jour l’oiseau chanter matines,

Et par delà les cieux les porter dans son vol :

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