‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 232 sur 396 · VISIONS · texte numérisé non relu

VISIONS

Des nuages d’en haut, ou des brumes d'en bas ;

Dans leur soleil se mirait leur tendresse,

A s’entr’ aimer trouvant même liesse,

Et sans jalouser leurs appas.

Lorsque le soir, pour en doubler le charme, Faisait sans bruit l'aumône d’une larme A la Rose épuisée, et mourant de chaleur,

Vite la Rose entr’ ouvrait son calice,

Et doucement déversait le délice

Qui portait la vie h sa sœur.

Un triste jour un coup de couteau rude Du beau rosier dans sa béatitude Enleva sans remords une branche, ô malheur !

La Campanule alors sur la blessure Vite étendit sa feuille fraîche et pure,

Et cicatrisa la douleur !

La bêche en main, trouvant la Campanule Un Jardinier, sans autre préambule Four la jeter au vent ouvrit le sol soudain ;

Mais en voyant les racines unies Comine vertus en deux cœurs réunies,

L'homme poursuivit son chemin.

Esprits mondains aux intérêts sordides De l’amitié profanateurs perfides,

Vous avez renversé son arbre au jour si fier!

Vos intérêts voilà votre boussole,

Aussi changeant que les ailes d'Eole

Que les flots changeants de la mer.

Voyez pourtant ces deux plantes sensibles Se cramponnant l’une à l’autre invincibles, Pour elles leur amour est éternel printemps,

Toutes les deux d’été, d’hiver vêtues,

Bravent ensemble et l’orage et les nues,

Contre elles ne peut rien le Temps !

V l s l on s.

“ Que vois-tu tout là Iras de par l’immensité Sur l’abîme sans fond de la plaine liquide ? Dis, ma fille, pourquoi ton regard agité

Va-t-il interroger le vide?"

aimez! aimez toujours!

— “ Mère je vois parmi la lumière qui fuit Un regard plus brillant qu’étoiles de la nuit,

Qui les ternit, qui les écrase.

Le sourire divin qui réveilla mon cœur,

Et changea tout à coup mon destin, sa torpeur

En un chant de sublime extase ! ”

— “ Lorsque tout près de nous passe l’aile du vent Quand il rase rapide et le ciel et la terre.

Dis, ma fille, qu'entend ton oreille souvent

Dans tous ces bruits pleins de mystère?” — “ Oh ! ma mère un Esprit qui va vite en avant,

Et frappe l’âme comme en sa course le vent Frappe une harpe éolienne ;

J’attrape un son au vol, c’est musique, c’est voix Qui feraient pâmer d’aise anges, Baints, à la fois Si leur parvenait cette antienne.”

— “ Pourquoi mon cher enfant étendre ainsi la main ? Cesse, cesse crois-moi cette fictive étreinte ;

La brise de la nuit en rendant tou front sain

Echappe, enfant, à ton atteinte.”

— “ Non pas. — Voyez plutôt, là non loin de la mer,

Le visage a paru, son visage bien cher,

Dans ma main j’ai senti la sienno ;

Mon cœur a reconnu cet indicible émoi,

Qui le faisait vibrer quand l'avais près de moi : —

Las 1 serait-ce illusion vaine?"

C'était illusion : — L’imagination

Avait seule enfanté tous ces brillants mensonges,

Le sourire, la voix, la main, son action ....

De son cœur tout était des songes 1

MATSON (MBS. EMMA).

Aimez! aimez toujours, chanson.

Aimez 1 aimez toujours ! l'amour est l’étincelle Qui fait la vie à deux aimable et belle ;

La tendre affection sème sur son parcours Du mois de Mai les fleurs nouvelles tous les jours, Aimez toujours ! aimez toujours !

EDDKBLIWE.

Aimer I aimer toujours I Nargue du Temps austère !

De votre œil vif s’il ternit la lumière,

S’il saupoudre d’argent vos cheveux dans son cours, Et détruit méchamment votre teint de velours, Aimer toujours ! aimer toujours !

Aimer! aimer toujours ! l’amour est l’étincelle Qui fait la vie à deux aimable et belle I L’amour est immortel ! — immortels sont ses jours 1 Le tombeau ne l'éteint, il épure son cours !

Aimer toujours ! aimer toujours

MATSON (11EV. W. T.) Edderline.

Froide sur ta couche tu gis.

Plus ne réponds avec un doux souris,

A mes paroles Edderlinc I Ainsi que l’étoile du soir

Qui s'éclipse au matin quand le ciel n’est plus noir, Ainsi tu passas, mon Espoir !

Etoile de ma vie, — 6 ma chère Edderlinc !

Il a surgi gai, ton matin,

Mais sur moi las ! il a plu le chagrin,

Me submergeant chère Edderline !

Ton chant de noces retentit Où des Anges le chant et s'épure et grandit,

Et s'élance jusqu’au zénith :

Tout est muet devant ma douleur Edderline !

Pourquoi quand il vint le Trépas Vers toi, sans bruit, courtiser tes appas,

Et t'enlever mon Edderline I Pourquoi quittas-tu ton amant ?

Oh ! que n'ai-je donc pu dans un embrassement Te soustraire efficacement A son infâme étreinte— ô ma chère Edderline !

Sur le pic élevé des monts,

Et des vallons aussi dans les bas fonds, Fleurit la fleur, mon Edderline,

Dans sa beauté, dans sa splendeur :

Mais hélas ! de l’amour la fraîche et tendre fleur En est veuf è jamais mon cœur,

A l’état de bouton morte est mon Edderline !

LE TOMBEAU DE MA StEUB.

Les oiseaux narrent leurs amours De leurs doux nids tapissés de velours,

L'écho les redit Edderline ;

Le ramier au sommet du pin Roucoule à sa compagne un amoureux refrain ;

Pour moi seul reste le chagrin,

“ J’ai perdu,” dit ma voix, “ ma charmante Edderline ! ”

Les chèvrefeuilles, gais grimpeurs,

Fixent au mur leurs guirlandes de Heurs,

Pour les présenter, Edderline,

A l’abeille cherche-butin,

Qui vide ces hanaps pleins d’un nectar divin ;

De mort hélas ! c’est le festin Qu'en pleurs auprès de toi je célèbre Edderline !

Ne saurait-il donc le Trépas Prendre en pitié mon désespoir, hélas 1 Et me passer chère Edderline !

Au delà du Heuve, là bas,

Oh le mal de la mort peut trouver un soûlas,

Dans ces mers que ne connais pas,

Oh je pourrais enfin te rejoindre Edderline !

Ah! te rejoindrai-je jamais!

De douces voix pourtant, Anges de paix,

• D’une suavité divine.

Me font comprendre vaguement Qu’un jour dans le lointain des ans pour dénouement Nos deux coeurs dans l’embrassement D’un amour immortel s’étreindront Edderline !

MAUDSLAY (A.)

Le Tombeau de ma Sœcb.

Les ombres de la vieille église

Dorment sur son tombeau, Sur l’arbre qu'agite la brise

Chante joyeux l’oiseau.

Chante ta gentille musique

Oiseau, mon bel ami,

En entendant ton gai cantique Ne pleure qu’à demi.

LES ïfUAOEB.

Le soleil brille sans nuages

A l’occident au loin,

Ses rayons font de doux mirages Là sur ce petit coin.

Mais chut ! de la pelouse verte

S’échappe un son rêveur,

Le vieil ormeau, la feuille ouverte

Vient le dire à mou cœur. '

C’eat un soupir plein de prières,

On croirait que l’oiseau Dit pour soulager mes misères :

“ Vois 1 que le ciel est beau !"’

Tout me semble sainte musique Oh dort ma bonne sœur,

Sous mes pieds l’herbe est magnifique,

Au ciel tout est splendeur I

Ces fleurs que j’épands sur ta tombe Seront ternes demain,

Mais dans mon cœur, douce colombe Elles vivront sans fin.

Car où verrai chaque fleurette

Dans bosquets ou taillis,

La bénirai, vois-tu sœurette,

Comme je te bénis !

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