‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 233 sur 396 · ME LL EN · texte numérisé non relu

ME LL EN

Les Nuaues.

Vieux messagers des cieux, magnifiques Nuages!

V ous qui de toute Eternité Tranquillement foulez l’immensité

Comme au commencement des âges !

Que vous avez d’éclat alors qu’au mois de Mars Le long de l’océan vous surgissez superbes,

De vos faisceaux nombreux laissant tomber les gerbes, De la Création sur les mondes épars.

Vous ne périssez pas, vos formes passagères Avec la vitesse du temps Sur les cités, sous l’aile des autans

Se prélassent vives, légères :

LES NUAGKM.

Vous flottez dans l'espace, et sylphes lumineux Vous allez caresser chaque orbe, chaque sphère,

Et reporter aux cieux l’éternelle prière Qui monte du sentier oh furent nos aveux !

Votre seul plaisir est de voyager sans cesse

Sur ce fond d’un bleu sans égal,

D’oh la rosée en larmes de crystal

Sur la terre épand la richesse :

Puis, dorés, vous suivez votre immortel chemin Parmi des régions qu’on peut nommer divines,

Et miroitent sur vous des gloires purpurines Qui du plus haut des cieux vous inondent soudain.

Gais postillons de l'air qui sur l’azur des mondes Glissez silencieusement,

Et qui planez majestueusement,

Sur nous et nos douleurs profondes ; Qui sur nos vifs plaisirs passez sans être émus,

Par le parcours des temps vous qui restez nuages,

A travers les beaux jours, h travers les orages,

Vous qui nous dévoilez, ou nous voilez Phœbus.

Vous portez sur vos fronts resplendissants de gloire L’arc de la beauté, — l'arc-en-ciel, D'un Dieu calmé dans un jour solennel Le vœu, le pacte et la mémoire.

Cette miséricorde envoyée aux pécheurs Se penche maintenant en brillante auréole Au-dessus d'eux, d’amour admirable symbole,

Qui vient en les charmant vivifier leurs cœurs.

Vous restez ... ou traînards, pour courtiser l’étoile, Vous passez devant le soleil ;

Des éléments présidant le conseil,

Vous l'entourez soudain d’un voile ; Et puis quand de la guerre ont fini les combats, Vous laissez courre au vent vos tuniques légères,

Et vous les agitez comme nobles bannières,

En signe de victoire après le branle-bas.

De vos flancs entr’ ouverts s’élance le tonnerre De l’arsenal béant des cieux ;

Au vif éclair, h son regard vitreux

Vous opposez votre colère :

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