LE BOUQUET DE LA BEAUTÉ
Telle elle était ! — Si bieu qu’en sa malignité La souffrance ne put détruire sa beauté !
A son aspect empreint de douceur ineffable On vit trembler la mort, la mort impitoyable ; Surprise elle attendit son soupir un moment,
Et puis s'en fut sans bruit imperceptiblement.
Ah ! Marianne, ô jour de printemps, de délice,
O lampe de ma vie, ô ma chère Eurydice 1 Si la vertu pouvait me prêter scs accents Et jeter ses rayons sur ces vers, sur ces chants,
Cet humble écrit, vois-tu, deviendrait d’âge en âge, D'un immortel amour une immortelle page I
Le Bouquet de i.a Beauté.
Quand commença le monde au jardin du bonheur, Les Puissances du Ciel voulurent d’une fleur Chacune composer un beau bouquet pour l'homme, Et chacune apporta sa fleur, et voici comme :
L’Innocence d’abord mit pour son contingent La blanche Perce-Neige au corsage d’argent ;
La Pureté le lis ; de l’humble Pâquerette L'Humilité fit don, et s’en fut la pauvrette.
L’Espérance apporta sur les ailes des vents La douce Primevère, — indice du printemps ;
Sensitive il la main parut la Modestie,
De se montrer semblant demander amnistie.
La Vertu toujours prompte à produire au grand jour Le mérite modeste — à l’ombre d’alentour,
Vite fut dérober l’obscure Violette Au pudique maintien, à l’odeur si doucette.
La Patience offrit l’épineux Eglantier Qui nargue avec scs fleurs l'orage meurtrier ;
Et la Pitié donna, mouillé d’un pleur qui tombe,
Lo Romarin plaintif, ornement de la tombe.
La Constance parut avec le Tournesol Qui vers son Dieu toujours tourne son hausse-col ; L'Enjouement présenta de bon cœur l'Eglantine Pour aider de la vie à gravir la colline.
LKS Ü1IÀCEK Cil RETIENNES.
Du doux Contentement naquit sans s'en douter La Pensée;— et l’Orgueil près d’elle d'ajouter Le magnifique Œillet ; tandis qu'affectueuse La Générosité donnait la Scabieuse.
A l’épine qui blesse et défend sa pudeur L’honnête Rose fut offerte par l’Honneur,
L’Amitié présenta le Myrte au vert feuillage Qui brave le soleil aussi bien que l’orage.
Le Loisir laissa cheoir le Pavot, et s’en fut Tout fatigué. — La Joie apporta pour tribut La Tulipe pimpante, et l’Amour fit éclore Pour les amants la Fleur qui se couche à l’aurore.
De chaque individu naquit un tout charmant,
Car la Beauté prit soin de son encadrement.
Dans le cœur de chaque homme, et selon son caprice, Ainsi la femme sait fixer chaque délice.