LA SAINTETÉ DE L’ENFANCE
Candides, curieux à la fois,
A l'état do boutons, et ne pouvant encore Balbutier des mots dans leur gentil patois,
De l’homme ils étudient la flore 1 Une immense douceur se glisse en leur parler,
Et quand ils prient — le ciel aime à les contempler.
Plus folâtres que les oiseaux Ne le sont au printemps, bons, chaleureux, sincères, Ils franchissent sans crainte et plaines et coteaux Vif essaim d’abeilles légères :
Jetant leur mot sur tout, leur penser sur chacun Comme le jour l'éclat, et la fleur le parfum.
Et comme en leurs sens ingénus L’église, cette mère à la douce éloquence,
Sait graver à la fois ses rites, ses vertus Et les trésors de la croyance !
Et puissent devant Dieu les pécheurs endurcis Comme petits enfans trembler au saint parvis.
Enfance, âge mystérieux 1 Type du ciel — Jésus t’a donné l'innocence,
La pureté, la grâce, et ces dons précieux Qui font défaut à la science ;
Iæb bras du divin Christ ils t’enlacent encor Des rayons immortels du céleste Thabor.
Pour nous le savoir nous rend froids, Caustiques, vains, rusés ; notre esprit s’annihile ;
Si nous devenons vieux nous nous croyons adroits Quand le cœur sc recroqueville ;
Car en voyant plus clair, notre foi s’amoindrit,
Et l’égoïsme impur nous fait marbre et granit.
Enfin, Esprit de Vérité,
De toi nous apprenons cette haute morale :
“ Qu’ici bas la Sagesse est la Simplicité,
La Simplicité — Loi Finale ;
Qu’un homme reste enfant par sa sincérité,
L’Idéal est trouvé pour notre humanité!"