LA. POESIE DU PRINTEMPS
La Poëbie du Printemps.
Chut ! écoutons ce chant, — cette musique exquise Qui nous vient du printemps sur l’aile de la brise ;
Une vive lueur se répand à la fois
Sur la terre et sur l’onde, et s’infiltre en nos bois.
On dirait que la terre est tout à coup en proie Au maternel amour qui fait fleurir la joie ;
Comme le jeune enfant qui sort d’un long repos Se retrouve soudain plus vif et plus dispos.
Musique et mouvement s’en vont de branche en branche Comme zéphyrs légers balançant la pervenche ;
Sons lyriques de-ei, — tout petits bruits de-là Cadencent dans les airs un charmant tra-la-la !
Les ruisseaux caillouteux descendent dans les grèves , Riant et bégayant comme enfants dans leurs rêves ;
Ou bien sans bruit coulant comme en un doux sommeil, Et gazouillant tont bas un hommage au soleil.
De chacune des fleurs l'ineffable magie Nous révèle du ciel la sublime énergie ;
Et leur beauté surgit comme le son du cor.
Ou comme la lumière émanant du Thabor !
Ouvrez les yeux, voyez la vérité céleste,
Profanes, oyez tous ; voici son manifeste :
Jésus, le divin Christ travaille à vous cueillir La grâce, que sa mort a su vous conquérir.
L'azur mouvementé de cette mer soyeuse,
Le vol du jeune oiseau, de l’abeille ombrageuse,
Tout cela joint au choeur des ruisseaux gais coureurs Donne à nos sens la joie, — à nos songes des fleurs.
Depuis le premier pas que vers nous fait l’aurore, Jusqu’à l'heure magique où le midi se dore De l’éclat de ses feux, et nous porte au sommeil,
Pour qui voit, pour qui sent, il n’est rien de parei
Que notre cœur soit pur, que notre âme révère Ce monde fait par Dieu ; — pour nous naît la lumière,
Et d'admirer soudain, d’admirer à la fois Et l’étoile du ciel, et l’insecte des bois.
l’enfant en pbièbe.
Car la Nature, — mais c’est le plus divin livre,
Où la main du Très Haut nous apprend à bien vivre ; Où chaque objet reflète en nous penser géant,
Tiré des profondeurs sublimes du néant.
Malheur à vous, Chrétiens, aveugles aux merveilles Que la terre et les cieux proclament dans leurs veilles ; Oh t que ne pouvez-vous le lire à livre ouvert L’œuvre de Dieu 1 . . ce grand, ce sublime concert !
Invisible à nos yeux se peut-il pas qu’un ange Dos rayons du soleil dirige la phalange,
Et donnant à la brise une musique, au soir Ferme l’œil à la fleur en lui disant bonsoir !
La science au chaos va demander les causes,
Et s'improvise un Dieu qu’elle forme de gloses,- Kend la création orpheline du ciel,
Et voudrait au néant condamner l’Eternel.
Mais Toi par qui se meut le ciel, la terre et l’onde, Source du vrai, du beau, toi le flambeau du Monde, Puisses -tu dans nos cœurs imprimer ù jamais Le besoin de t'aimer, de bénir tes bienfaits 1
Et comme après l’hiver refleurit la nature,
A ton appel, ainsi, quittant leur sépulture,
Ils surgiront les morts revêtus glorieux D’éternelle beauté ; — de la beauté des cieux !
L'Enfant en Pkièee.
Un enfant se prosterne aux genoux de sa mère Saisi d’un indicible émoi,
Et cherche à bégayer sa plus tendre prière Au Dieu dans lequel il a foi.
Son front sans tache est pur, son regard d'innocence Est d'une ineffable douceur I
Qui de nous ne voudrait revenir à l'enfance
Pour prier d’aussi simple cœur ?
Aucun crime jamais n'a souillé sa pensée,
Il connaît à peine les pleurs ;
11 peut quittant la terre, orner, douce rosée,
line autre sphère, et scs splendeurs