‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 254 sur 396 · LES VIOLETTES · texte numérisé non relu

LES VIOLETTES

Jamais nous n’avons eu dans la famille encor Un enfant mieux doué que toi, mon cher trésor.

Pâle est ton front, plus pâle encore est ton visage, Faible encore, tu fus plus faible en ton bas âge ;

Frêle de corps ainsi que frêle est le roseau, L'imagination prit tes yeux pour flambeau.

De ton charmant esprit dans les profonds abîmes, Germent tissus exquis de sentiments sublimes ;

Et dans ton cceur sensible est la source des pleurs Qui viennent de tes yeux illustrer les splendeurs.

Lorsque sur le clavier passe ta main hardie,

Dans ton âme bruit par flots la mélodie,

La brise en est émue, et par impulsion Tu trouves les accords de l'inspiration.

Visites-tu les bois? Dans ton âme innocente Et boutonne et fleurit la nature attrayante En aspirations qui prennent leur essor,

Ou que couve ton cœur comme on couve un trésor.

Quand tu baisses alors tes beaux yeux vers la terre, Qu’au loin tes pensera font école buissonnière,

Que tu n’accueilles pas le rustre de l’endroit Qui te salue, — il dit : “Son esprit est -il droit?"

Oui, droit est ton esprit, comme pure est ton âme, Douce, aimante, pieuse, exempte de tout blâme,

Jamais fille ne fut au cœur de ses parents Mieux faite pour donner la joie en leurs vieux ans.

Fidélité, tendresse et douceur sans égale Sont tes dons précieux, doux parfum s'en exhale ;

On nous séduit parfois par un grand intellect,

Ton charme à toi vaut mieux, c’est l’amour, le respect.

Jouis saus abuser du don de poësie

Qui de ton cœur déborde en fraîche fantaisie ;

Ne force ton talent, non plus n'y mets un frein,

Que la nature soit ton guide souverain.

Du vain bruit du succès ne sois pas affamée,

Ne cherche, ni n’évite en rien la renommée ;

La Muse sait toujours nous donner le bonheur,

Mais il faut l'hébergcr dans le foyer du cœur.

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