‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 261 sur 396 · NORMAN (FRANK · texte numérisé non relu

NORMAN (FRANK

L’Aveugle Né

On me dit qu’une terre admirablement belle Est offerte aux regards de tout autre que moi,

Que des charmes sans nom à chaque heure nouvelle, Naissent de tous côtés créant nouvel émoi.

On me dit que répand une clarté dorée Sur cette terre, un globe étincelant de feux,

Et que lorsque du jour s’est close la durée,

Ce qu’on nomme la lune a des tons vaporeux.

On me dit de flairer la fleur épanouie,

De sa feuille on me dit les charmes ravissants,

Bien qu’eu une heure à peine, à la vue éblouie Se voilent ses couleurs, se passe son encens.

l’ aveugle né.

an

Tout ça, c’eut bel et bon, mon pauvre Moi l'ignore, Mais cependant mon cœur en croyant tout parfait, Le soleil et la lune, et la nuit et l'aurore, l 'référé les trésors de ses rêves ... de fait !

On cherche, mais en vain, de tripler le mérite Des diverses beautés du monde que no vois,

Rien ne peut se mouvoir, n'importe en quel orbite, Qui soit jamais plus beau que mon monde, je crois.

Les aveugles, eux seuls, le conuaissent ce monde. L’imagination le crée exprès pour eux,

Ses Heurs n’ont pour durée une courte seconde,

Un éternel bonheur y fleurit plantureux.

Ce monde est gouverne par une seule Iteiue D’une beauté sublime — idéal étemel !

Dont l’effigie est chaste et la voix souveraine,

Et dont le contact seul leur fait rêver le ciel.

.l'entends ses doux accents qui sont nés de la terre, Et je Bens son étreinte allant droit à mon cœur,

De deux yeux n’ai besoin du secours éphémère l’our me le formuler son visage enchanteur.

L’Imagination cette puissante fée A doué mon amour d'inclfable beauté,

Le regard d’un mortel, d’un barde, d’un Orphée Sur si belle Eurydice onc ne s’est arreté.

Ni la marche du temps, non plus la maladie N'ont pouvoir d'enlever un charme à ses attraits, Jusqu’à ce que la mort l’ait tué, la hardie !

Sa sublime beauté ne passera jamais !

De la terre croyez que je n'ai soif des charmes ;

Car il existe en moi des beautés, des bonheurs Inconnus, c'est certain, à ce vallon de larmes Dont nous vivons la vie, et qu’ou lie trouve ailleurs!

TOUT DOIT PÉRI lt.

OLIPHANT (SIR OSCAK).

Tout doit Périr.

Où sont les genteB violettes Au parfum doux et frais, au souvenir si gai,

Et qui lorsque passait la Royauté de Mai Etendaient sous ses pieds leurs vertes collerettes?

Peu d'instants, jeune fille, il vit le doux printemps!

Les violettes n’ont qu’un temps !

Où sont ces fleurs fraîches écloses Qui de la villageoise ornaient le corselet,

Dont l’amoureux berger faisait un chapelet ?

Où sont -elles, dis moi, mes admirables roses?

Jouvencel ! souviens-toi ! . . le bel été doit fuir,

Et les belles roses mourir.

Menez-moi vers l’onde naïve Qui chante en frétillant tout le long du ruisseau,

Et dit tout bas aux fleurs vivant sous son rideau Vous avez soif, buvez, la vie est fugitive 1 Le soleil trop ardent du feu de son regard

Avait bu le ruisseau bavard !

Montrez-moi ces beaux chèvrefeuilles Où je me plaisais tant à prélasser jadis Mes bonheurs printaniers, et mes rêves fleuris,

Où des serments d’amour s’échangeaient sous les feuilles? Les feuilles ont vécu, le bosquet est à jour,

Et l’àmour n’y tient plus sa cour !

La jouvencelle joliette Qui rouge de pudeur évitait mon regard,

Ou quand le rencontrait, regardait par hasard Avec émotion la douce violette L’emblème d'elle-même . . . elle doit se faner,

Et comme la fleur s’égrener.

Mais Celui qui dans un doux rêve,

Un jour chanta les fleurs, le berger, le ruisseau,

Les amours se cachant sous l'ombre du berceau,

Les charmes séduisants d’une amante, son Eve,

Où donc se trouve-t-il ? . . Oh ! par la mort vaincu

Le jeune poète a vécu !

l’abbaye eh nuises.

L’Abbaye en Ruines.

AuuÊTE-toi ! — car l'esprit du Passé Sur ces murs ébréchés a laissé son empreinte,

Et des spectres au front glacé Hantent cette déserte enceinte.

Arrête-toi ! — car ce sol consacré Il fut sanctifié souvent par la prière,

Par la souffrance et par plus d’un miserere De la désespérance amère.

Oh ! si ces murs sacrés pouvaient parler ! lis en raconteraient d’émouvantes histoires!

De ces cœurs, qui, sans vaciller, Foulant aux pieds les vaines gloires,

A tout jamais se sont ensevelis Sous le froid du tombeau dans l’impassible cloître, Sans un pleur dans les yeux, ça n’était pas permis, Voyant leur vie ainsi décroître.

Tout est muet, tout est nu maintenant,

Tout est silencieux, désolé, solitaire,

Sauf quand un tombeau s’égrenant Epand avec bruit sa poussière :

Et sauf encor lorsque le vent tout bas Se faufile à travers l’abbaye et ses ailes,

Ou que d’étranges voix d’au-delà du trépas

Doucement chuchotent cntr’elles.

Et cependant, tout n’est pas à la mort Dans ces lieux désolés, dans cette enceinte austère De cette tombe sans effort Surgit l’humble pariétaire,

La violette aux marches de l’autel S'étale en frais tapis, et se mêle à la mousse,

Le lierre aussi s’agrippe à l’antique cancel Qu’il voile de sa verte housse.

Tout au-dessus resplendit le ciel bleu,

Aussi vif, aussi pur que quand fut achevée Jadis cette maison de Dieu,

Et que neuve était sa travée ;

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