‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 260 sur 396 · A UNE PAQUERETTE · texte numérisé non relu

A UNE PAQUERETTE

Qui nous a livré sans force au vainqueur ! L’homme rouge est mort ; notre race éteinte !

La forêt sauvage patrie Divin présent du Grand Esprit, l’ar astuce et par fourberie Le blanc nous la prit, ce bandit :

Les vieux arbres ils sont à terre,

Ils en ont recueilli le mie),

La triste abeille solitaire Ne cherche plus son casuel !

Déjà des villages, des villes Surgissent peuplés et nombreux,

Sur ces terrains où nos familles Prés l’un do l’autre avaient leurs feux ;

Et maintenant sont mis en terre Les flèches, l’arc et le CArquois ;

11 n’est plus de lutte guerrière,

Le visage pâle a nos bois 1

Ta gloire, elle est feinte Ecoute vainqueur La voix du désert murmurer malheur I . . . L'homme rouge est mort, sa race est éteinte !

A une Pâquerette.

Au cœur d’or charmante fleurette, Ornement du gazon dans le beau mois de Mai, Divine moraliste, ô gente Pâquerette !

Qui du printemps rend le matin si gai : Bijou du beau jardin qu'on nomme la Nature,

Si modeste, et surtout si peu prétentieux, L’homme peut -il jamais égaler ta parure Ta parure le don des cieux ?

Au jardin de philosophie,

Ou de religion, te chercherais en vain,

Aux fleurs de ces jardins bien fol est qui se fie!

Leur couleur change et du soir au matin; Dans les livres ne puis te trouver davantage, Encor moins te chercher aux écoles vraiment, Au livre de Nature il existe une page

Dont toi seule est le rudiment.

l’aveugle né.

A l'aspect de ta fleur étoile Merveille de candeur on peut se consoler !

Qui voit en toi de Dieu la vérité sans voile,

Ne peut jamais se laisser aveugler.

Et le sage et l’enfant en te voyant si pure Meubler champs et vallons et pics aventureux, Reconnaissent en toi l’Auteur de la Nature,

Notre Père qui vit aux cieux.

Qu’ils suivent Mammon à la piste Les fils de la fortune, et se grisent eutr’eux ;

Que les ambitieux accaparent la liste

De la faveur , les sots leurs plaisirs creux ; Mais que mon lot à moi soit de flâner sans cesse Où croît la Pâquerette au matin comme au soir, Tandis que de son coeur au ciel monte l’ivresse Comme l’encens de l’encenssoir.

Si mes pensera, mon espérance Vous suivent dans le ciel 5 mes candides fleura. C’est que la poésie en sa noble éloquence M'a révélé vos secrètes grandeurs :

C’est un penser bien doux, et bien consolatoire Quand la vieillesse vient avec ses cheveux blancs De se dire : “ L’amour de Dieu . . . voilà la gloire !

Contre elle ne peut rien le temps I”

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