LA PENSÉ K EXPIRANTE
Qu'elle emportait aussi de mes yeux l'étincelle,
Qui donnait de la verve à ses esprits vitaux.
“ Quand la ramèneront ses petits pieds de fée Dans ce charmant bosquet, je lui ferai défaut,
Et lorsque le soleil quittant le vieux Morphée Viendra demain matin, il sera tout penaud
“ En n’appercevant pas sous l’humide rosée Ma forme délicate où son rayon vermeil Venait se renfermer, écouter sa pensée.
Bien sûr, brillera moins demain le beau soleil !
“ Et puis qui sait I zéphyr après quelqu’équipée Dans le gentil boudoir d’une Belle de nuit,
En venant dans la Rose adorer la poupée, Interrogera-t-il pour me voir— mon réduit?
“ D’un œil toujours serein dans mon humble bocage, J’ai supporté la vie et ses revers nombreux,
Et quand sur moi parfois s’est déchaîné l’orage,
N’ai jamais oublié le sourire des cieux.
“ Ma vie elle a toujours été pure et modeste,
J'ai laissé déborder les trésors de mon cœur,
Le soleil m’engeola de son regard céleste,
Mais j’ai su résister à sa brûlante ardeur.
“ Auprès de moi passant, un jour un Philosophe A dit, je m’en souviens : * Rien ne se perd jamais Sur terre 1’ — Eh bien! qui sait? suis peut-être d’étoffe A resurgir bientôt plus brillante d'attraits?
“ Quoiqu’il soit cet état nouveau que moi j’espère,
11 ne peut qu’être beau, qu’heureux et radieux,
Un cœur comme le mien imbibé de lumière,
Ne peut que s'approcher un peu plus près des cieux.
“Je vous laisse mes sœurs aspirant la rosée !
Toi, doux zéphyr adieu ! prends mon dernier soupir ! Et fais dire aux échos un glas pour la Pensée !
Rien ne m’est plus ! . . hélas ! est-ce donc lè mourir? ”