LE FATS DES SONGES
Où «ont cea chauds rayons de féconde lumière Qui disaient à la fleur : “ Souris à Dieu ton père ! ”
Où sont ces frais boutons, ces lèvres du bonheur Que l'abeille amoureuse allait baiser au cœur ?
Où se cache la voix du ruisseau qui murmure ?
Dans son étau de fer l'hiver la claquemure !
Oui, l’été tout joyeux au loin prenant son vol,
A laissé nus les bois, a laissé nu le sol ; —
Comme si nous n’avions jamais connu son souffle, L’autan, le dur autan nous cerne, et partout souffle ; Et comme si sa voix n'eut jamais dit aux fleurs :
“ Fleurettes, levez-vous, et montrez vos couleurs.”
O Temps ! ton vieux regard est brillant de froidure,
Et la neige en nos champs remplace la verdure I
Mais pourquoi les regrets ? quand tout ce qui fut beau Surgira triomphant, radieux du tombeau ;
Chaque fibre qui dort en dessous de la terre Reprendra son essor et sa vigueur première !
Et bien que le vallon ait un air malheureux,
Le soleil, un beau jour, le rendra tout joyeux ;
Et les oiseaux chanteurs, le papillon, l'abeille Reviendront de l'été butiner la corbeille.