LE PAYS DES SONGES
Les berceaux sont toujours fleuris ;
Et les vallons pleins de rosée Semblent le séjour des Péris,
Ou bien plutôt un Elysée Oh flotte un chant h l'unisson Que l’on croirait l’ombre d’un sonl
Sur la mer toute aventureuse De ce sol toujours si changeant,
Oh se meut l’eau capricieuse Sur un sable semé d'argent,
Le voyageur prenant pour guide Le sommeil si voluptueux,
Peut errer, et d’un oeil avide Guetter ces êtres nébuleux Qui folâtrent dans ces campagnes Comm'e brouillards dans les montagnes.
Il peut y contempler encor Dans leur conque les Néréides,
Aux longs cheveux reluisant d’or Scintillant de perles humides,
Il peut entendre le frou-frou Des Tritons selon leur coutume Faisant voler on ne sait oh Des flots bruyants 1a blanche écume ; Tandis qu’autour du Dieu marin Se trémoussent carpe et dauphin.
Oh pose le pays des songes Oh vont se retrouver les cœurs Qui sur la terre des mensonges Ont vu s’éteindre leurs ardeurs,
Comme les ruisseaux que délie Du printemps le souffle vainqueur?
Oh nous revoyons l'Amélie Dont l'amour fit notre bonheur,
Qui chasse au loin notre tristesse Qui nous fait rêver de tendresse ?
Sur le pont le marin de quart Quand à minuit la vague jette Autour d’elle un épais brouillard Du naufrage triste estafette.