LE PAYS DES SONGES
Oublie un instant le vaisseau,
Les mâts abattus par l'orage,
Qui dérive, et partout fait eau Sans espoir d'un prochain rivage, Et des songes vers le pays De la tempête il fuit les cris.
A ses yeux paraît sa cabane Près du fleuve, là bas, là bas ;
Il croit voir encor le platane Sous lequel il guettait hélas !
A l'horizon la blanche voile Lorsque la brume du matin Comme une transparente toile Laissait percevoir le lointain ; Quand le mont se dorait d'aurore Et que de son chant si sonore
L’alouette inondait les cieux.
Oà pose la verte clairière Où limiers et chevaux fougueux Chassaient en foulant la bruyère ; Où les voilà chassant encor Frôlant et la rosée et l’herbe, Pendant que les vallons du cor Redisent le refrain superbe :
Que le hallali du chasseur Frappe l’oreille du rêveur?
Où posent les calmes demeures De ce tranquille et beau pays Où l'on est, à toutes les heures Sûr de rencontrer ses amis,
D’où descend l’humide rosée Sur les fleurs pendant leur sommeil, Où luit la lumière irisée D’un nouveau ciel, nouveau soleil ?
Qu’aitncrais de tes doux mensonges Vivre à jamais, pays des songes !