LA RÉPONSE SES FÉES
Nous, nous pourchassons sans distinction,
Le tigre sauvage, ou bien le lion,
Nous les agaçons de façon unique,
Leur pinçant l’oreille ou bien leur tunique,
Et riant tout haut de leurs hurlements,
De leurs rauques cris, et de leurs tourments ;
A tous eu un mot nous faisons la nique,
Vexant tour à tour mouche phosphorique,
Ou l'atfreux chacal pour délassements ;
Tels sont nos plaisirs, nos jeux olympiques Sous ce ciel heureux, le ciel des Tropiques 1
Quelquefois encor nous venons morbleu Pour nous réchauffer à vos coins du feu,
Mes chers bons amis, Enfants de la terre,
Et là nous planons n’ayant mieux à faire Sur le lit fiévreux où dort la douleur,
Et puis nous berçons le pauvre dormeur Tout doucettement de fraîche espérance,
Et nous allégeons ainsi sa souffrance ; *
Noub lissons le cil d’un œil bleu foncé,
Nous rendons serein le sourcil froncé,
Et faisons pousser sur nombre de couches De beaux champignons dont semons les souches ; Ne sommes-nous pas un peuple gentil Malgré nos bons tours, et notre babil ?
Messieurs les humains, Mesdames les Fées Toutes du printemps rêvent les bouffées,
Aussi s’ennuyant des longs jours d’hiver A leur cœur bien né le printemps est cher,
Et le beau bouton dont surgit la feuille Chacune avec joie et l’aime et l’accueille :
Sous les flots glacés comme les poissons Aiment du soleil les douces façons,
Quand fondant soudain leurs prisons de glace Il les laisse errer au loin dans l'espace ;
Comme les bois nus couverts de frimas Soupirent après la fin des verglas ;
Comme aussi la taupe, en son lit sous terre Recroquevillée, et sans luminaire Attend pour sortir que le temps soit beau ;