‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 281 sur 396 · ÉLÉGIE À LA MÉMOIRE D’UNE INFORTUNÉE · texte numérisé non relu

ÉLÉGIE À LA MÉMOIRE D’UNE INFORTUNÉE

L'ambition, — vraiment un défaut magnifique t A pris naissance au ciel, sous son sacré portique ;

Et du ciel descendue, elle occupe à la fois Les nobles et grands coeurs des héros et des rois.

Une fois dans un siècle, il est vrai, que les âmes Se révèlent à peine en de brillantes flammes,

Servent dans ce cachot qu’on nomme corps humain, Lampes mais sans lueur, et dont l'éclat est vain,

Comme Rois d'Orient, Majestés paresseuses,

Qui n'ont dans leurs palais qu'eiistencea oiseuses.

Delà peut-être, (avant que Nature fut loi)

Le destin la ravit, au ciel en fit l’octroi.

Tels les plus purs esprits laissant là la matière Voltigent épurés au delà de la sphère ;

Ainsi l’âme s’envole au céleste séjour Sans laisser ici bas scs vertus en retour.

Mais de ce cher trésor toi vil dépositaire,

Toi lâche déserteur du plus pur sang d’un frère !

Vois sur sa lèvre éteinte expirer le rubis,

Vois s’incliner sa tète ainsi qu'un pâle lis;

Vois, il est froid ce cœur qui remuait les âmes,

Et ces yeux ils sont clos, eux qui dardaient des flammes. Ainsi si notre globe est sous la main deB Dieux,

Ainsi tous vous mourrez vous tuteurs odieux,

Vos femmes, vos enfants, votre vile sequelle,

Vers rongeurs qu’enfanta toujours une tutelle;

Voyez- vous la Justice elle pleut sur vos pas Avec d'affreux remords mille et mille trépas,

Et les passants diront, voyant les chars funèbres Qui vous emporteront au séjour des ténèbres :

“ Voyez tous ces sans cœur, ils sont morts les maudits 1” Et Dieu sait quels seront sur vous leurs longs récits ! Ainsi des orgueilleux finit la race impure,

Ainsi périssent ceux dont la vie est ordure ;

Ceux là qui pour autrui n’ont jamais eu d'émoi Et qui n’ont jamais eu pour culte que le moi !"

Qui pourrait expier, (ombre à jamais blessée !)

Ton sort qu’on n’a pas plaint, et ta mort délaissée ?

Nul parent, nul ami n’ont suivi ton convoi,

N’ont appaisé ton ombre, et n’ont pleuré sur toi ;

Ton œil mourant fut clos, mais par une étrangère,

Une étrangère aussi t’arrangea dans ta bière,

LE HOVOE-GOROE.

Des étranger» encore ont orné ton tombeau,

Ont honoré de ptenrs en toi ce qui fut beau ;

Mais bien qu’aucun ami, du deuil suivant le code,

A ta suite n'ait mis l'habit noir à la mode Qu’il portera demain dans un joyeux déduit,

Ou pour fêter Bacchus et les bals de minuit ; Qu'aucun amour en pleurs n’orne ta sépulture, Qu'aucun marbre ne montre au passant ta figure,

Que ton corps ne repose en un sol consacré,

Que sur lui l’on n’ait dit nul remmiscere,

Pourtant de vert gazon pour honorer ta cendre, J’ornerai ton tombeau de janvier à décembre :

La rosée y viendra répandre ses doux pleurs,

Là fleuriront aussi les plus suaves fleurs.

Tandis qu’abriteront tous les esprits célestes Le sol rendu sacré puis qu'il contient tes restes.

Ainsi repose en paix sans une pierre, un nom,

Titres, Beauté, llichcsse et qui plus est llenom.

De tout ce qui fut toi reste un peu de poussière, C’est tout ce que tu fus, ce qu’est l’orgueil sur terre. Qu’importe donc alors qui te donna le jour,

De qui tu fus l’honneur, de qui tu fus l'amour!

Des poètes aussi la voix devient muette,

Et celui qui te chante, ô toi que je regrette.

Se trouvera bientôt déshérité de pleurs,

Lui qui sur toi versa ses amères douleurs ;

Lors de scs yeux sans pleurs glissera ton image,

Qui se perdta dans l’ombre ainsi qu’un doux mirage, L’étreinte de la mort broyant son souvenir Tôtera de son cœur par un dernier soupir ;

Et s'éteindra la Muse avec la renommée,

Et toi mon cher amour, ne seras plus aimée !

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