PRINCE (J. C
Le Rouge-gorge.
Le Rouge-gorge !.. oh 1 c’est l'oiseau de l’Angleterre !
Il tient au ciel natal,
Et ne ferait jamais école buissonnière En émigrant vers un pays rival ;
LE HOUOE-GORGE.
Comme un sincère patriote Il paraît s’agriper au sol,
Et qu'il gèle, ou bien qu'il neigeotte, Que hurle la tempête . . . onc il ne prend son vol.
C’est un gentil oiseau, vrai ! que le Rouge-gorge, Demandez aux enfants I
Bien que d'habits brillants point il ne se rengorge, Qu’il n’ait non plus joyaux ébouriffants !
Orné d’une simple cravate,
Il porte à la place d’honneur Quelque chose comme une agate Qui semble dire il tous : ‘ Là . . . bat un noble cœur ! ’
Le Rouge-gorge par le vœu de la nature Est un oiseau sacré,
Et pour qu’il fût toujours à l’abri de l’injure
L’art et le chant tous deux l’ont consacré ;
Si que le gamin de l’école Sur son nid risque bien un œil,
Mais qu’il n'y porterait, parole !
Jamais, au grand jamais la douleur et le deuil.
11 est compatissant et doux le Rouge-gorge,
La légende en fait foi,
Témoins les deux pétiots conduits au coupe-gorge Dans la forêt !.. il suivit leur convoi !
Et puis il leur fit sépulture,
De feuilles couvrit leur cercueil,
Et sous l’arceau de la naturç Chanta de pro/undis, ce dernier chant du deuil.
Le Rouge-gorge c’est un puits de mélodie ;
A la chute du jour
Sur la branche appuyé, longtemps il psalmodie Lai si gentil, si doux que tout autour Ravi, l’accueille le silence ;
Et que le vieillard tout voûté Se remémore son enfance En entendant ce chant autrefois moins goûté I
Le Rouge-gorge 1 .. il est l’ami de la chanmine,
Non l’ami des palais !
Il n’est point courtisan de la noble vermine
Qui grouille en haut, et vit de nous Pauvrets !
LE BOUGE-GOBQE.
Il n’est arrogant, ni farouche,
Une miette le rend heureux.
Car il n'est porté sur sa bouche,
Et ses remerciements sont des rondeaux joyeux.
Il est bien patient aussi le Rouge-gorge.
Au plus fort de l’hiver
Quand par hasard il peut picorer un grain d’orge,
Il chante sus ! son plus gracieux air 1
Et bien que tout mouillé de larmes Parfois soit le lai qu’il nous dit,
Pour l'oreille il a de grands cliarmes, Et plaît également au cœur comme à l’esprit.
Le gentil Rouge-gorge est l’oiseau du Poète,
Et plus d’un Ménestrel De l’Angleterre a su lui servir d’interprète,
Et lui créer un renom immortel.
Robert Bloomfield chanta sa gloire Ainsi que Robert Buras, ma foi 1 Pour leur urne lacrymatoire Aussi le Rouge-gorge a-t-il un saint émoi.
A cet oiseau charmant on dit la bienvenue Alors que les frimas
Et les flocons neigeux descendent do la nue Des arbres las ! paralysant les bras.
De son aimable chansonnette Qui ne jouit est un sans cœur;
Car l’oiseau comme la fleurette Sont des choses que Dieu fit pour notre bonheur.
Adonc prenons, amis, leçon du Rouge-gorge : Vienne l’adversité !
Soyons fermes, constants, et que nul ne se forge Trop de soucis ; —préservons la gaîté.
Que nos louanges, au contraire, Montent doucettement au ciel,
Vers l’œil puissant qui nous éclaire Et deverse sur nous son éclat immortel !