‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 282 sur 396 · PRINCE (J. C · texte numérisé non relu

PRINCE (J. C

Le Rouge-gorge.

Le Rouge-gorge !.. oh 1 c’est l'oiseau de l’Angleterre !

Il tient au ciel natal,

Et ne ferait jamais école buissonnière En émigrant vers un pays rival ;

LE HOUOE-GORGE.

Comme un sincère patriote Il paraît s’agriper au sol,

Et qu'il gèle, ou bien qu'il neigeotte, Que hurle la tempête . . . onc il ne prend son vol.

C’est un gentil oiseau, vrai ! que le Rouge-gorge, Demandez aux enfants I

Bien que d'habits brillants point il ne se rengorge, Qu’il n’ait non plus joyaux ébouriffants !

Orné d’une simple cravate,

Il porte à la place d’honneur Quelque chose comme une agate Qui semble dire il tous : ‘ Là . . . bat un noble cœur ! ’

Le Rouge-gorge par le vœu de la nature Est un oiseau sacré,

Et pour qu’il fût toujours à l’abri de l’injure

L’art et le chant tous deux l’ont consacré ;

Si que le gamin de l’école Sur son nid risque bien un œil,

Mais qu’il n'y porterait, parole !

Jamais, au grand jamais la douleur et le deuil.

11 est compatissant et doux le Rouge-gorge,

La légende en fait foi,

Témoins les deux pétiots conduits au coupe-gorge Dans la forêt !.. il suivit leur convoi !

Et puis il leur fit sépulture,

De feuilles couvrit leur cercueil,

Et sous l’arceau de la naturç Chanta de pro/undis, ce dernier chant du deuil.

Le Rouge-gorge c’est un puits de mélodie ;

A la chute du jour

Sur la branche appuyé, longtemps il psalmodie Lai si gentil, si doux que tout autour Ravi, l’accueille le silence ;

Et que le vieillard tout voûté Se remémore son enfance En entendant ce chant autrefois moins goûté I

Le Rouge-gorge 1 .. il est l’ami de la chanmine,

Non l’ami des palais !

Il n’est point courtisan de la noble vermine

Qui grouille en haut, et vit de nous Pauvrets !

LE BOUGE-GOBQE.

Il n’est arrogant, ni farouche,

Une miette le rend heureux.

Car il n'est porté sur sa bouche,

Et ses remerciements sont des rondeaux joyeux.

Il est bien patient aussi le Rouge-gorge.

Au plus fort de l’hiver

Quand par hasard il peut picorer un grain d’orge,

Il chante sus ! son plus gracieux air 1

Et bien que tout mouillé de larmes Parfois soit le lai qu’il nous dit,

Pour l'oreille il a de grands cliarmes, Et plaît également au cœur comme à l’esprit.

Le gentil Rouge-gorge est l’oiseau du Poète,

Et plus d’un Ménestrel De l’Angleterre a su lui servir d’interprète,

Et lui créer un renom immortel.

Robert Bloomfield chanta sa gloire Ainsi que Robert Buras, ma foi 1 Pour leur urne lacrymatoire Aussi le Rouge-gorge a-t-il un saint émoi.

A cet oiseau charmant on dit la bienvenue Alors que les frimas

Et les flocons neigeux descendent do la nue Des arbres las ! paralysant les bras.

De son aimable chansonnette Qui ne jouit est un sans cœur;

Car l’oiseau comme la fleurette Sont des choses que Dieu fit pour notre bonheur.

Adonc prenons, amis, leçon du Rouge-gorge : Vienne l’adversité !

Soyons fermes, constants, et que nul ne se forge Trop de soucis ; —préservons la gaîté.

Que nos louanges, au contraire, Montent doucettement au ciel,

Vers l’œil puissant qui nous éclaire Et deverse sur nous son éclat immortel !

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