‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 284 sur 396 · LES BIJOUX DE FAMILLE · texte numérisé non relu

LES BIJOUX DE FAMILLE

De nouveau s’éveilla le tendre émoi du Père,

Et sa voix formula ce vœu :

“ Va chercher les enfants de suite, belle et bonne, J'ai soif d’un tel bonheur;

Pour mon dessert, je veux, entends-tu ma mignonne, Les presser sur mon cœur.

Amène les enfants aux regards de leur Père,

Il veut baiser leurs jolis yeux,

Avant que le sommeil n’égare sa paupière,

Afin d’avoir un songe heureux.”

“ Cher mari, patiente. — Eclaire-moi, t’en prie :

Un beau matin chez nous

Reçus d’un étranger, ce n’est point rêverie,

Quelques jolis bijoux,

Que je devais garder en dépôt pour lui rendre Quand il viendrait les demander.

Hier il est venu, mon ami, les reprendre ;

Ai -je bien fait ne les garder ?”

“ Chère ange de mon cœur ! ton doute m’émerveille 1 Rendons à l’Homme— à Dieu,

Ce qui nous fut prêté, fut-ce même la veille !

N’en faisons désaveu !

Que de mauvais désirs notre cœur ne s’abreuve,

Aux tentations restons sourds ;

Et de quelque façon qu’on nous mette à l’épreuve, Femme! soyons justes toujours!”

La pauvre femme alors toute à son infortune,

Le prenant par la main,

Vers leur lit nuptial éclairé par la lune Le conduisit soudain ;

Et du frêle berceau levant la draperie,

II put voir les enfants jumeaux,

Le fruit de leur amour, et leur idolâtrie De la mort dans le doux repos !

“Voilà les deux bijoux que le Père des Pères A daigné reclamer,

Les précieux écrins, ils sont là, moins les pierres Qui les faisaient aimer ;

Mais tu m’as enseigné Toi I . . l’Ame de mon Ame !

Qu’il nous faut toujours rendre à Dieu

SOËL.

Ce que Dieu nous donna, — disons donc pour dictame : Béni soit son nom en tout lieu I "

Sur les petiots le Père abaissa ses paupières ;

La mère en sa douleur Lors laissa déborder dans des dots de prières Le trop plein de son coeur ; lit tout en répandant ces chauds torrents de larmes, Elle adressait aux deux jumeaux Des paroles d’amour, puis exaltait les charmes Des deux enfants, hier si beaux !

Quand il eut regardé longtemps, le triste Père,

Du tombeau ces élus,

Il baissa doucement des petiots la paupière,

Et ne dit rien de plus.

Mais il mit devant Dieu la profonde éloquence Du silence de sa douleur,

Puis calme, il se leva rempli de confiance Dans la bonté du Rédempteur I

“ Pauvre Femme 1 ’’ dit-il, 11 retiens, retiens tes larmes, Ça se sait, en tout lieu,

Dieu donne et peut 6ter ce qui faisait nos charmes, Béni soit toujours Dieu 1 Bénis sont mes enfants, — ils ont vie immortelle I Mais ne suis déshérité moi)

Il me reste la Foi, — l’Espérance éternelle,

Et qui plus est . . . l’Amour et Toi I"

Noël.

Les cloches ! . . Qui pourrait ne pas aimer les cloches Gentes messagères du ciel,

Dans leurs tant doux émois tout saupoudrés de croches Venant carillonner Noël !

Dans les bruits argentins de leurs chansons étranges Ne les oyez-vous pas en chœur Dire aux hommes, ce chant des anges :

“ Aujourd'hui vous est né — le Christ I le doux Sauveur I”

“ Bonne volonté 1 Paix ! aux hommes sur la terre !"

Ainsi disent-elles, leurs voix :

“ Homme ! autant que tu peux sais obliger ton frère,

C’est la plus divine des lois ! ”

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