ÇA COMPTONS MES TBÉSOB
Chloé baissant les yeux, s'attendrit et sonpire ;
Puis explique en ces mots son secret sentiment :
“ Ami, vois à mes pieds, tout ce que je puis dire Est là . . . cette guirlande . . . hélas ! quel changement
“ De nos jours fortunés la fugitive aurore Des filles du printemps a la fragilité,
Le souffle du matin les avait fait éclore,
Un rayon de soleil a détruit leur beauté.
“ Hier, un essaim d’amours voltigeait près d’Estelle, Ame de nos concerts, elle en était l’orgueil,
Lente, la cloche sonne . . . Hélas ; c’était pour elle,
Et je n’eus que le temps d’embrasser son cercueil I
“ A se bercer d’espoir le jeune âge s’amuse Quand l'étoile en fuyaut lui prédit son destin ;
Damon ne tarde plus, fais redire à ta muse De la triste Chloé le trop juste chagrin ! "
PBOCTEB (MISS A. A.)*
Ça COMPTONS MES TRÉSORS.
Ça comptons mes trésors, Tout ce qu’eniin chérit mon âme,
Les dons que je reçus, en maugréant alors,
Des esprits ténébreux dont je craignais la trame.
Pendant de bien longs jours Et de tristes nuits la Souffrance A forgé de ses mains pour me durer toujours, Mon bouclier portant pour dovise : ‘ Endurance.’
Parmi des lieux maudits Bien souvent m’a conduit le Doute, Jusqu’à ce qu’un beau jour à mes yeux éblouis Il apporta la Foi, du ciel la clé de voûte.
Le Chagrin qui sur moi S’acharna . . . c’était frénésie !
M'a fait trouver un jour la lyre et son émoi,
Et ce doux chant de l’âme appelé Poésie /
La lutte sans espoir Qu’avec le monde j’eus d’urgence,
l'ange du mal.
En me faisant hélas 1 souvent broyer du noir En mon coeur fit germer la fleur de Patience.
La dure Adversité Longtemps l’objet de mes alarmes,
Fit faire connaissance à mon cœur enchanté,
De la douce Pitié, — bel enfant plein de channes.
Compte ainsi mes trésors, Remerciant, — et je m'acquitte,
Des dons que je reçus eu maugréant alors,
Car de ces dons enfin je connais le mérite.
L’Anoe du Mal.
A tes côtés j’apperçois un Esprit A l'aile purpurine au loin qui s’obscurcit,
Au regard d’aigle empreint d’un feu subit.
Il a tout l'air d’un envoyé céleste,
Tant il est fier et beau ; pourtant ne sois trop preste A t’y fier ; sur le qui vive reste I
Que s’il te dit qu’il te faut vivre à part Pour choyer quelque plaie idéale à l’écart Au fond d’un cœur maladif ou vantard ;
Et tout drapé de l'amour de toi-même,
Rêvant que ton chagrin est un chagrin extrême,
Que sur le monde il domine suprême ;
Te complaisant ne sais dans quel milieu Bien que t’attende ici le grand œuvre de Dieu,
Et que Dieu daigne être près notre feu ;
Que si l'éclat cramoisi de sa torche Te fait sentir partout le mal qui nous écorche,
Du saint lieu même empoisonnant le porche ;
Cependant que par un bizarre choix Tu dédaignes le soin de t’éjouir parfois,
Disant n’ouïr que gémissante voix ;
Que s’il te dit qu’un cœur humble et fidèle N’est pas mieux vu de Dieu (pie la vive étincelle Qui de l’orgueil jaillit de la pruiieUc ;
CŒUR SAKS CANDEUR.
S’il te prescrit de plier les genoux Devant l’Esprit trônant, cette idole des fons,
Que dans le monde on adore, entre nous ;
Et du péché, ce serpent sans entrailles Du voile de l'oubli de couvrir les broussailles J usqu'à ce que scintillent scs écailles ;
De tels propos sont embûches, c’cst clair I Ame je te le dis, surgis ! et sois de fer !
Ce beau parleur . . . c’est un suppôt d’enfer !
Cœur sans Cakdeuh, Au Doute adokké . . . quel malheur!
OC donc ont fui les hirondelles ?
Sur un rivage nu, mortes ces pauvres belles Hélas! peut-être gisent-elles?
Cœur sans candeur,
Au doute adonné . . . quel malheur !
Au loin, bien au delà des vagues purpurines,
Aux feux d'un soleil chaud, et d'un commun accord, Elles guettent les vents dont les brises badines Sont leur chemin de fer vers leurs foyers du nord.
Pourquoi donc les fleurs meurent-elles?
Pourquoi donc dans l’hiver sous le sol sans ombrelles Les laisse-t-on les pauvres belles ?
Cœur sans candeur,
Au doute adonné . . . quel malheur !
Elles ne font l’hiver que dormir sous la neige,
La neige pour les fleurs, de fait, est un manteau Qui contre tous les vents qui soufflent, les protège,
Ce qui fait qu’au printemps on les voit à nouveau.
Depuis bien des jours la lumière Du soleil est caché, il fait triste sur terre,
Qui nous rendra le luminaire ?
Cœur sans candeur,
Au doute adonné . . . quel malheur?
Le soleil est caché, c’est vrai, sous des nuages,
Et pour quelques instants nous perdons sa splendeur, Mais le printemps déjà réveille les feuillages,
Et l'été va bientôt nous rendre sa chaleur.