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UNE ÉCHAPPÉE DU PAYS D’OÜTBE-TOMBE

Une Echappée du Pats d’Outre-tombe.(')

Je suis allée au pays d'outre-tombe,

Sur ses confins du moins ; quel étrange pays !

Ombres et rêves creux, fantômes de la tombe,

Ils les croyent vivants vos yeux appesantis ?

Dans ces sombres sentiers d'au-delà de la nue,

Je ne savais vraiment comment j'étais venue,

Si je devais un jour en revenir jamais,

Matin et soir, la nuit, le jour, tant je souffrais !

Lors, à travers ce pays d’outre-tombe,

Se fit voir à mes yeux un pays merveilleux,

Oit chacun oubliait les horreurs de la tombe,

Oïl tout était gai, frais, brillant et radieux ;

Vers le Crucifié qui nous a dit : “ Espère ! ”

Alors je me tournai dans une foi sincère,

Et lui remis mon âme, en espérant soûlas ;

Car je pensais alors qu'il m’appelait là bas.

Cependant non ; sur ce sol d'endurance Il me dit de rester un tantinet encor,

Et d’en cueillir les fruits avec persévérance,

Tandis que des brouillards il chasserait l’essor :

Il m’avait emmené devers ces ombres ternes,

Et ne m’avait montré les suaves citernes Du monde merveilleux d’au-delà du trépas,

Que pour mieux m’enseigner à ne l’oublier pas.

Donc me voilà de ce sol limitrophe Encore do retour ; mais la terre et ses jeux Je les vois aujourd’hui d’un œil bien philosophe, Lorsque je les compare au pays d'outre-cieux !

Mais hélas 1 si mon cœur des plaisirs de la terre Dans sa faiblesse allait caresser la chimère,

Oh ! me rappellerai, si vient le Tentateur,

La beauté du pays promis par le Sauveur 1

(’) Ces vers furent envoyés par une dame à nnc amie qni lui demandait où elle avait été pendant plusieurs mois qu'elle avait cessé de lui écrire — elle avait été . . . aux confins de la vie, à la suite d'une maladie longue et grave.

LES avertissements.

Ce beau pays a de fraîches valides Que le péché jamais n'a froissé de ses pas ;

Le petit semble grand dans ses longues allées Oh le bon Dieu l’a mis, par delà le trépas.

Sur cet heureux pays l'orgueil n’a point de prise, l.e pauvre est honoré, sa guenille est do mise,

Ce n’est crime pour lui que de n’avoir un feu,

Sa misère est un titre à la bonté de Dieu.

Je n’entendis du pays limitrophe Que peu, fort peu de tout l’humain tracas,

D'un chant perdu parfois la moitié d’une strophe, Quelques bruissements se traînant comme un glas. J’étais sourde aux vains bruits, à l'appel de ce monde, A ses ricanements muets de par la tombe ;

Ses richesses pour moi n'avaient plus de valeur,

Leur perte de mon œil n’eût fait couler un pleur.

Je suis allée au pays d’outre-tombe,

L’oubli, j’espère bien, ne roulera sur moi,

Jamais au grand jamais, comme une affreuse tombe, Pour rayer la leçon dont Dieu me fit l’octroi.

De ces bords inconnus j'ai foulé le rivage,

Ayant pour me guider de mon Sauveur l’image,

Puis m’appuyer sur lui par-delà le trépas,

Car j’ai vu le pays dont on ne revient pas 1

EEADE (J. E.)

Les Avertissements.

Je ne pensai pas à vieillir,

Et l’intuition même de la vieillesse Ne me frappa jamais; pourtant je le confesse Je vis un jour mes cheveux débrunir,

Le temps en s'avançant avait de sa main dure De ses fils argentés semé ma chevelure ;

Mais l’Amour-propre — au dire d’un auteur ‘ Le plus sot des amours ’ me disait : '• Eh bien ! qu’est-ce ? ” Et la Mémoire aussi, s’érigeant en flatteur Me rappelait certe avec politesse,

Que ces mèches vivaient, lors que, jeune étourdi Je n’avais pas encor dépassé mon midi.

352 les avertissements.

Qui n’est trompé par l’Amour-propre ?

L’homme est un grand enfant à se conduire impropre, Aussi je me l’avoue, et parbleu, je le dis,

Je souriai voyant mes cheveux gris.

Alors aussi, je vis, pourquoi ne pas le dire?

Que la Beauté jetait un regard scrutateur Sur mon front oî> déjà grave était le sourire,

Et je sentis d’instinct que dans son jeune cœur Elle notait, oh ! c’était chose sûre !

Mon changement de chevelure.

Et quand je vis près d’elle un jouvenceau De la jeunesse ayant la vivace opulence,

Je la vis le guetter, comme on mire le beau,

Sous la frange des cils d’un regard d’innocence ;

Et je me retirai doucement, c’est certain,

Mais avec cet émoi qui serre un cœur humain :

Je sentais qu’à jamais avait fui ma jeunesse,

Qu’il avait fui pour moi ce rêve de liesse.

Que je ne pouvais plus encor rivaliser

Avec l'or de l’adolescence ;

Pourtant je ne pouvais non plus m’analyser Comment si brusquement il put agoniser Le rêve si brillant de ma jeune existence ?

Devers la Poësie irai-je? . .je savais Que do la vérité jamais La noble fille, hélas ! n’est fidèle interprète,

Car dans ses vers jusqu’à l’excès Il embellit tout le poète 1 Et la muse toujours a l’art D’infiltrer du sang jeune aux veines du vieillard. Mais j’allais néanmoins content, suivant la rive Car la Vie ou le Temps ne me répondaient pas,

Oui content de flotter, et même à la dérive En ayant toujours sur mes pas Et ressortant comme des fresques Ces flots d’ombres courtisanesques !

Mais quand l'automne vint, et que sur son déclin Je regardai sa face magnifique,

Brillante des splendeurs d’un antique matin,

Moi je le contemplai d’un œil plus sympathique :

Et tout à coup par un effet nouveau J e sentis qu’il avait une langue muette

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