LES AVERTISSEMENTS
Qui de mon cœur allant visiter la cachette,
Lui demandait sur quel roseau Je m'appuyais ; tandis que quelque chose Quo je ne saurais définir Me disait : “ 11 faut en finir,
Ton printemps maintenant est une vieille rose,
Et qui t'appelle jeune a beau jeu pour mentir 1 "
Et lorsque vint l’hiver souffler sa rude haleine,
Je vis que ne pouvais plus braver sa fureur;
La passion n’échauffait plus ma veine,
Pour aller à son nez bafouer sa rigueur.
Oh ! je n’avais plus certe envie D'aller sur le torrent glacé,
Défier en riant la vie En courant comme un insensé ;
D’aller visageant la froidure Lui demander l’investiture De la vigoureuse santé,
Qu'alors ne m’eut donné l'Eté.
Oh ! je guettai, j'appréhendai la neige,
Et bientôt je sentis
Que las! je n’étais plus, ce que j’étais jadis,
Et que le temps m’avait pris à son piège.
Mais quand de l'orient s’avança le printemps Joyeux et tout pimpant de nouvelle jeunesse,
Quand s'ouvrirent soudain délirants de liesse
De la fleur les boutons naissants ; Lorsque le grand soleil embrasant la nature De la terre étonnée eut ouvert la serrure,
Et quand je vis l’immortelle verdure Que l’homme voit à peine au plus quelques printemps Rendre jeune le chône Agé de neuf cents ans,
Et lorsque je sentis avec quelle indolence Moi j’accueillais cette ré-existence,
Non plus comme autrefois Avec ces fiers élans et ces bouillants émois,
Je m’éveillai comme d’un songe,
Et je vis le réel ainsi que le mensonge ;
Et depuis lors, que je reste debout Silencieux et sans envie Sur le rivage de la vie,