‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 295 sur 396 · LES AVERTISSEMENTS · texte numérisé non relu

LES AVERTISSEMENTS

Qui de mon cœur allant visiter la cachette,

Lui demandait sur quel roseau Je m'appuyais ; tandis que quelque chose Quo je ne saurais définir Me disait : “ 11 faut en finir,

Ton printemps maintenant est une vieille rose,

Et qui t'appelle jeune a beau jeu pour mentir 1 "

Et lorsque vint l’hiver souffler sa rude haleine,

Je vis que ne pouvais plus braver sa fureur;

La passion n’échauffait plus ma veine,

Pour aller à son nez bafouer sa rigueur.

Oh ! je n’avais plus certe envie D'aller sur le torrent glacé,

Défier en riant la vie En courant comme un insensé ;

D’aller visageant la froidure Lui demander l’investiture De la vigoureuse santé,

Qu'alors ne m’eut donné l'Eté.

Oh ! je guettai, j'appréhendai la neige,

Et bientôt je sentis

Que las! je n’étais plus, ce que j’étais jadis,

Et que le temps m’avait pris à son piège.

Mais quand de l'orient s’avança le printemps Joyeux et tout pimpant de nouvelle jeunesse,

Quand s'ouvrirent soudain délirants de liesse

De la fleur les boutons naissants ; Lorsque le grand soleil embrasant la nature De la terre étonnée eut ouvert la serrure,

Et quand je vis l’immortelle verdure Que l’homme voit à peine au plus quelques printemps Rendre jeune le chône Agé de neuf cents ans,

Et lorsque je sentis avec quelle indolence Moi j’accueillais cette ré-existence,

Non plus comme autrefois Avec ces fiers élans et ces bouillants émois,

Je m’éveillai comme d’un songe,

Et je vis le réel ainsi que le mensonge ;

Et depuis lors, que je reste debout Silencieux et sans envie Sur le rivage de la vie,

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