LE NAIN LF- LA FOIRE
Le Nain de la Foire.
Malheureux enfant nain, à mil ne pouvant plaire,
Je gisais sur le seuil du cliaume de mon père.
Je n'osais soulever le loquet du logis,
Oii j’entendais la joie et son gai gazouillis;
Je savais trop le deuil qu’apportait ma présence,
Mon père en me voyant, rentrait dans le silence,
Et ma mère, effrayée à mon aspect, soudain Se reculait d’horreur devant le pauvre nain.
Un Etranger me vit, il corrompit mon père Avec de l’or ; — j’étais détesté par ma mère I Et le marché fut fait, — et le nain fut vendu, —
Un peu plus bas encore, et je fus descendu 1 Mes parents ne m’aimaient, jamais de ma tendresse Ils n’eussent accueilli la plus simple caresse,
Et cependant ce fut les yeux mouillés de pleurs Que je quittai leur toit, — ce toit de mes douleurs !...
L’Etranger me parut rempli de bienveillance,
Il fit luire à mes yeux des jours beaux d’espérance !
A la glu de son art mes talents endormis S’éveillèrent bientôt, et j*en fus tout surpris :
Moi, pauvre petit nain, par un caprice étrange Il me choyait dans tout, il m’appelait son ange,
Tous les jours m’instruisant, civilisant mon Moi Et toujours et toujours! . . . je sus trop tôt pourquoi.
A la fin j’arrivai dans les lieux oit mon Maître Avait l’intention de me faire paraître,
Et le secret pour moi fut expliqué; — j’étais Un esclave de corps et d’esprit à jamais !
Condamné chaque jour, affreuse certitude !
A braver les dédains, l’œil de la multitude,
Mc recroquevillant, témoin de leur gaîté,
Ou rougissant de honte è leur causticité 1
Chaque jour, à chaque heure il faut, dans mon angoisse, Et bien courtoisement me soumettre h la toise, Répondre avec douceur è la frivolité,
Souffrir un examen inhumain, sans pitié ;
Entendre è mon sujet de gens se disant nobles Des propos sans pudeur, des mots souvent ignobles,