‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 301 sur 396 · MINUIT · texte numérisé non relu

MINUIT

Chuchotant à l'oreille an lai de doux amour,

Conté plus librement dans ce lieu demi-jour Que sous les lambris d’or de ce salon splendide Où la danse énivrée essuie un oeil humide.

Ces tailles aux contours souples, voluptueux,

Cet entrain délirant, les éclairs de ces yeux Font de la volupté déborder la marée,

Si bien qu’à cet aspect la sagesse attérée Oubliant les grands airs de son dédain profond,

Laisserait de plaisir enguirlander son front,

Preuve de ton pouvoir, — de ton pouvoir suprême,

Minuit ! — heure divine ! heure où l'on dit : “Je t’aime ! '

Minuit 1 . . quand à travers l’humble champ du repos La lune froidement plane sur les tombeaux,

Tandis qu'au firmament de bien pâles étoiles Semblent prêtor aux ifs de plus funèbres voiles,

Chaque tombe est un spectre, — une apparition Montrant le lieu secret où gît l’ambition,

Ou bien ce pur amour qui s’éteignit sur terre Pour voler immortel au séjour de lumière.

Le frôlement subit de quelqu’oiseau de nuit,

Forcé de par le bruit de quitter son réduit,

Le lamentable bruit de la triste chouette D’un quelque chose enfin la moindre silhouette Agit sur notre sang, le fige de terreur,

Et nous fait visager ce fantôme ... la peur !

Jusqu'à ce que sortant timidement de l’ombre Où nous l’avons guetté dans un recoin bien sombre, Apparaît à nos yeux, les oreilles au guet,

Le paisible animal qui vit de serpolet.

Cependant que la lune aux vitraux de l'église Prête un reflet blafard d'une teinte indécise Qui nous paraît venir du monde des Esprits Qui dans l'église alors fout sabbat les maudits !

Puis nous rions de nous, puis dans notre enveloppe Nous sentons de nouveau la peur qui nous galoppc, Surexcités, en vain nous voulons nous cacher De quoi ... ne le savons, mais ne pouvons marcher :

Alors tinte Minuit . . . nos cheveux se hérissent,

En pensant que les morts de leurs tombeaux surgissent !

Minuit ! quand s’élevant au plus sublime essor,

De la pensée humaine amassant son trésor,

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