MINUIT
Tons ces nombreux soldats enrôlas volontaires Que fait l’Intelligence ... et pour minces salaires . . . Préparent ce banquet oii s’assied le matin Le fou, l’homme de sens, le fat, le libertin,
Insouciant chacun du travail nécessaire Pour faire du chaos scintiller la lumière,
Pour mettre à nu toujours, en prose ainsi qu’en vers Les secrets chuchotés de ce vaste univers ;
Du rivage Indien, pour nous les antipodes.
Les révolutions, les faits, les épisodes ;
Ou bien d’un Shéridan les spontanés accents D’un Sénat attentif électrisant les sens,
Sur des ailes de feu bientôt nouveau tonnerre Allant porter la flamme aux deux bouts de la terre.
Ici des nations sont narrés les destins,
De l'univers entier lh les moindres scrutins.
Quand l’active vapeur t’emporte par le monde Presse, flambeau divin, du bien source féconde, Multipliant ainsi les enfants de l’Esprit Pour tout moraliser, oui . . . même le crédit :
Avec un noble orgueil ma foi l’espèce humaine Des nocturnes labeurs peut regarder la peine,
Et tandis que l’œil clos reposent les cités Silencieusement sur la foi des traités.
Se dire, que Minuit, sous ta sombre influence,
Pour le bonheur de tous agit l’Intelligence !
Minuit! quand faisant tête au terrible ouragan L'impassible vaisseau tient bon devant l'autan ;
Comme un coursier rétif se cabrant vers la nuo Pour retomber à plat sur la vague éperdue,
Oh le flot qui frémit chasse et poursuit le flot Pour entraîner sa proie au fin fond du cachot Oh la vague descend, et creuse un noir abîme Pour y plonger le mfit des cieux bravant la cime ; Quand l’écume jaillit, envahissant le pont,
Traquant chaque être humain et lui crachant au front, Comme ces chiens de mer qui dans leur froid délire Cherchent en aboyant h happer le navire ;
Quand l’orage un instant semble arrêter son cours Agglomérant des monts aqueux toujours, toujours,
Et formant un abri contre sa propre force Pour le vaisseau qui file épouvantable amorce,