LA TAMISE
Ou bien que sur mon dos avec orgueil je porte De châteaux -forts de guerre une longue cohorte,
Ou bien que je me prête aux loisirs du pêcheur . . , Mieux que Moi qui pourrait se griser de grandeur !
Quand sous les doubles noms d’Isis et de Tamise D’Oxford le long des tours je coule et m'adonise,
Du couvent de Godstow j’évoque les splendeurs,
Et l'Erudition — les pensera des grands coeurs 1 Et puis quand à Windsor en charmants détours j’erre, Près du Grand Saint Denys de la Vieille Angleterre, Combien de souvenirs je redis des vieux rois,
Et des preux chevaliers, ces vaillants d'autrefois I
Qui de la liberté seule fait son égide,
N’éprouve doux émois au nom de “ Hunnymede ! ” Quand la Magna Charta fut imposée à Jean Qui le foulait aux pieds le droit— le vil tyran !
Venez plus loin, venez admirer les tourelles D'Hampton, séjour des rois, aux magnifiques ailes,
Ou les jardins de Kew, ou le pic de Richmond Oh le regard se perd dans lointain si profond.
Pourrai-je énumérer — oh ! non, c’est à confondre Les beautés, les renoms que je rencontre à Londre, De l’immense cité, marché de l'univers Minutieusement quand je file à travers :
Un monde sur mon flot, un monde sur la rive,
Le rendez-vous de l’or, et de la force active,
Le pivot du commerce, et l’univers en bloc Qui s'en vient au progrès chanter le chant du coq.
Que de vieilles forêts, que d’arbres séculaires Je porte sur mon sein, et sont mes tributaires,
Je suis ùn grand chemin oh nombre de vaisseaux Et le jour et la nuit les labourent mes eaux ! Cependant que dans l’air flotte le son des cloches, Annonçant 1e matin, ou des médianoches,
Et que souventefois de sauvages lueurs Paraissent de mes flots sonder les profondeurs 1
Mon onde qui s'émeut des cris de la victoire Quand rivaux à la course y courtisent la gloire, Devient hélas ! parfois le lugubre tombeau De malheureux qui vont arbriter sous mon eau