‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 312 sur 396 · TO THE EDITOB OF THE REA.DER · texte numérisé non relu

TO THE EDITOB OF THE REA.DER

To the Editer of lhe Reader.

Monsieur l'Editeur.

Nous avons en France ce dicton :

“ Après sa condamnation, un condamné a vingt-quatre heures pour maudire ses juges."

J'ai voulu attendre quelques jours après la condamnation portée sur ma traduction d’ Ilamlet par un de vos hommesliges, pour vous écrire afin de n’avoir pas trop l'air d’appartenir à la gens irritabile miuni. D’ailleurs je ne viens pas vous maudire, Dieu m’en garde ! je viens m’asseoir à votre bureau, et causer un instant avec vous.

Dans la grande bataille de la vie littéraire, — à l’occasion du même ouvrage, le même auteur est souvent porté aux nues par les uns, et foulé aux pieds par les autres.

“ La Roche Tarpéiennc est près du Capitole."

C’est le Bort des combats ; et si le rédacteur anonyme du Reader, par exemple, n’est pas le même qui a formulé son opinion adverse dans 1’ Orchestra — et une opinion favorable peut-être dans un troisième journal dont l’éditeur cette fois n’aurait pas voulu laisser frinter l’auteur, Béni sit! Tout alors est pour le mieux dans le meilleur des mondes. L’inconvénient do l'anonymité en Angleterre, c’est que l’ennemi intime d’un littérateur, ne signant jamais ses élucubrations devient ainsi, ipso facto , une légion, ou pour parler plus distinctement une bête à mille pattes qui peut lui faire impunément mille et une blessures à la barbe d'un éditeur honnête-homme — qui ne suppose pas que le croque-mort qu’il emploie est un abominable chenapan, d’une mauvaise foi insigne.

Je ne viens donc pas m’inscrire contre la critique du Reader. Mon ouvrage est damné par le Reader, tant pis pour mon ouvrage I . .

Mais je viens m’inscrire contre cette assertion qu’on ne devrait pas traduire Shakespeare en français; cette assertion eBt bouffonne.

En France sur 100 personnes, il n’y en a pas 5 qui comprennent la langue anglaise. Sans les traductions, Shakespeare, et tous les auteurs anglais ne seraient connus que de nom ; et auraient le sort que Chaucer se trouve avoir en Angleterre. Vous savez, n’est-ce pas, Monsieur l’Editeur, vous savez .... Chaucer! le Grand Chaucer! . . le Père de la Poésie Anglaise, b b 2

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