SHAKESPEARE (WILLIAM
Nous avons expliqué dans l’Introduction de ce livre pourquoi les noms de Shakespeare et de Cliaucer ne devaient pas se trouver représentés par quelques uns des poèmes de ces deux frères en génie. D’abord Les Beautés de la Poésie Anglaise et les Rayons et Reflets contiennent des spécimens de ces deux grands poètes; ensuite nous avons publié séparément de Chaucer . la traduction en vers (vers pour vers, stance pour stance, par parenthèse) of the Floure and the Leaft — et la traduction en vers français of the Canterbury Talts, et nous avons publié de Shakespeare Macbeth et Hamlet, les deux oeuvres les plus remarquables, à notre avis du moins, du Cygne de l’Avon. Le présent ouvrage, que nous appelions Le Fond du Sac, nous paraîtrait toutefois incomplet, si nous ne protestions pas de toute la force de notre conviction contre quelques critiques non
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pas seulement malveillantes, mais absurdes qui ont été faites par des flibustiers littéraires anonymes , sur nos traductions de Macbeth et A'Hamlet.
Nous l’avons reconnu souvent, et nous nous plaisons à le reconnaître de nouveau, nous avons de grandes obligations à l'élite de la Presse Anglaise, qui, toute anonyme iju'clle soit, a encouragé plus d’une fois nos efforts ; nous ne parlons donc ici que de la Presse anonyme malhonnête, de ces articles que leurs auteurs n’oseraient signer de peur de se libeller, et de se signer à eux-mêmes un brevet d'imbécillité, nous ne parlons que de ces critiques éhontées dans le genre do celle du rédacteur anonyme de VAÜueneum qui après avoir damné les Misérables de Victor Hugo, — traitait Victor Ilugo de vieil acrobate parce que Victor Hugo est né en 1802. Une telle insulte et le dégoût qu’cllo inspire retombent sur l’éditeur de V Athcrwcum{1) et est uno
(') Nous n’avons pas attendu jusqu’à ce jour pour rendre à César ce qui appartient à César et à l'éditeur do l’Atheiueum cc qui appartient à ce Monsieur, c’ost à dire la responsabilité de cotte infamie jetée sans motif à la tête de Victor Hugo, — et à la France Poétique du XIX'm* siècle. Le 29 juillet 1862 dans The Jersey Independent nous faisions précéder notre revue de la I Ytme partie des Misérables, “ L’Idylle de la Rue Plumet,” des lignes que nous reproduisons ici, afin qu’elles restent incrustées non pas seulement dans un journal qui n'a qu'une existence d'un jour, commo le dit son nom, mais dans un livre déposé aux principales bibliothèques; afin que dans le siècle de lâchetés où nous vivons, où il suffît à un spadassin littéraire de tenir une plume anonyme et d’être enrôlé parmi les Claquesous d'un journal aussi méprisable que l'd thenœw a pour pouvoir tout se permettre avec impunité, il reste au moins la protestation d'une plume honnête et indépendante qni ose stigmatiser de tels drôles en appelant ;
“ Un chat un chat, et Koilet un fripon 1 "
L’influence pemicieuso do la critique anonyme qui a rendu Byrtrn misanthrope, ne subsisterait pas sans l’appétit odieux et malsain de cette classe de lecteurs qui ne prend un journal que parce que auteurs, artistes et acteurs, y sont hebdomadairement hachés menu comme chair à pâté, et servis en cet état pour plaire au goût déprnvé de cet immense troupeau d’incapables.
From the Jersey Independent.
“ Provious, however, to our analyzing this noble work, wc had reail several letters addressed to us during onr absence, having référencé to
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honte pour la littérature anglaise. La presse en masse, par des protestations unanimes, eut dû crier Haro sur l'auteur de cet outrage insensé fait à Victor Hugo ; et n'eut pas dû permettre
tho subjcct in liand, one of whicb contained tbeso mémorable lines.
* Hâve you read, my dear Chevalier, the atrocious review (?) of tbe concluding volumes of Les Misérables in tbe Athenaumf — a disgrâce ev en to tbat paper. I say ‘ atrocious ’ — the gross insulta beaped upon tbe âge of Victor Hugo, stomp tbe writer, wboever be may be, as a . . • Tho reviewer and editor ought to be pilloried and peltcd.’ — Another correspondent, speaking of tbe same worthies, déclarés tliat it would be a good deed ‘ to nail them up like dead carrion, a warning to similar disgusting créatures.’
“ As a standing rulo, medical mon wam us against tbe too frequent use of emetics, lest the nausca tliey produce sbould bring on a State of general ill hcalth. Another rulc is to avoid over heavy nourishrnent, if we wisb to stecr clcar of indigestion. Hcnce our readers may conclnde that we read tbe A thcrurum but seldom. For several months past tbat journal bas fed chiefly on * Bacon,’ {The Life of Bacon, by J. ïïepworth Dixou, editor of the Atherunm, a work belonging to the sebool of conjectural biograpby, closely bordering on fiction,) an excess of whicb indigestible and unwholesome food being liable to engender leprosy — an ugly complaint enougli, as wo gather from Mediæval cbronicles, — wc prefer leaving it to its lazaretto in Wellington Street. Still in this instance we invested threo pence in tbe purchase of a copy of tho Atheiurum, whicb wc could not lielp regretting we had not given instead to tbe sweeper at tbe Crossing, upon reading tbe diatribe penned by tbe literary Thénardier belonging to tbat paper. Tbe review is nothing short of disgusting. We who know bow the bill of fare is concocted in many of these weekly joumuls, make bold to say that whoever the hack scribe may be who disbed up tbe bash in question, under orders from the chef de cuisine , said scribe would never hâve bad the brast to affix his signature, however damaged it may be, to such an article, had a déclaration of liis individuality been obligatory. Since the article, however, is anonymous, tbe wholo weight of tbe responsibility resta with tbe editor, Mr. H. D., the Great Lama of tho Athenœum , who ought to bave pruned the instances of bad taste, coarseness and ineptitude, with which it abounds. It is true tbat in so doing H must hâve been reduced to its true value, ris. zéro, in which case we should not hâve had tbe disagrceable task of holding it up to publie contempt
“ In reply to the anonymous inquisitor, who twits Victor Hugo for being ‘declinod into the vale of years,* we shall remind him that the XIXth century is only sixty-two years old, and that the great poet was born
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qu'un tel homme, la bête noire de Thackeray, pût se pavaner secrétaire du “ Sliakespeare National Committee.”
Nous divisons en trois points notre réponse aux objections qui nous ont été faites.
Un journal nous a dit :
“Vos traductions de Macbeth et d 'Hamlet sont des mystifications ; puisque vous vouliez traduire ces deux pièces, il fallait les traduire snr les éditions anciennes et non sur les versions tronquées, arrangées par Mr. Charles Kean.’’
A ce reproche nous nous permettons de répondre : Jamais en France uue version de Macbeth ou à' Hamlet, conforme aux deux jnèces de Shakespeare, n’a encore été donnée sur la scène française. Les auteurs français ont pris le nom des deux héros de Shakespeare, et ont bâti des pièces avec ces noms avec autant de fidélité historique que Mr. Tom T en met, quand il
prend des pièces françaises qu’il habille à sa manière, et qu’il présente, avec l’intrépidité d’un Robert Macaire éhonté, comme des pièces originales au bon public Anglais qui paraît s’en contenter, et n’y voir que du feu.
Donc voulant offrir à nos compatriotes le moyen de mettre sur la scène française et Macbeth et Hamlet nous avons dû donner les versions arrangées, soit dit en passant, avec beaucoup de tact et de goût par Mr. Charles Kean. L 'Hamlet des vieilles éditions de Shakespeare ne se joue plus depuis longtemps sur la scène Anglaise; et ne pourrait se jouer. Il est
later than 1800 — and moroover — be it said in no profane spirit — that the Almighty, tliough old as eternity itself. yet in spite of so incalculable an age, créâtes daily, hourly, nay at overy moment, froeh wonders to delight our eyes, and thrill onr soûls into pouring forth bosannas of gratitude and admiration : — that genius is yonng even when a centenarian, while silliness is a twaddlor even in its nouage: — that the most productive tree yields its richcst fruits only aller a nnmber of wiuters hâve past over its head : — that the aloe bloesoms but once in a century, — and tbat the flower called iuimortality, which hovers over the Infinité, is likewise not the produce of a day, but requires centuries to unfold its treasures:— aud that Victor Hugo, liad he written no other nrorks thun La Légende des Siècles and Les Misérables, wonld yet bave won that never fading flower, which so rarely blossoms during a poet's lifetime — while wo question much whether the writer of the article in the Atbenmm, even were he able to attain the age of the patriarche of oldfwonld over be nnything beyond un sot en trois lettres, as we say in Frencb.
sba.kespba.be.
des mots déshonnêtes, impossibles à écrire, impossibles à prononcer, impossibles H entendre dans ce siècle, à l'andition desquels le public du temps de Shakespeare k fichait Us babouines. Allez donc dire sur la scène aujourd’hui ce vers de la page 202 de certaine vieille édition, commençant par ces mots :
“ That a fair thooght to lie *
Ou celui de la page 222 commençant par ceux-ci : u In tbe rank sweat of "
11 n’y aurait pas eu assez d’anathèmes sur le traducteur de ces abominations.
Est-ce parce que la version nettoyée par Mr. Charles Keau brille par l'absence de ces monstruosités qu’on nous fait un crime de l'avoir suivie ?...
Passons à la seconde objection.
“Un autre journal nous a dit, — NonI — nous nous trompons, plusieurs autres journaux (') nous ont dit (Mais peut-être est-ce à la même plume anonyme que cette triple critique est due) — , que nos traductions de Macbeth et d’Uamlet n’étaient pas assez concises, que nous mettions parfois dix vers français à rendre tix vers de Shakespeare.’’
Entendons-nous donc un peu, Messieurs de la Critique ! Si vous eussiez pris la peine de lire nos introductions aux pièces de Macbeth et d’ Hamlet, vous eussiez vu que nous étions de votre avis, que vous prêchiez un converti. Le blanJc verse, avons-nous fait remarquer, n'existe pas en France, comme il existe en Angleterre et en Allemagne ; il nous faut donc il nous autres français remplacer le blank verse par les vers héroiques rimés. Par suite une concision égale à celle de Shakespeare est tout simplement impossible.
Pourquoi exiger une impossibilité?
D’autres journaux cependant ont été plus loin encore, ils ont posé en principe, gravement, carrément, que Shakespeare ne devait pas être traduit en français.
C'est pour l’usage des journaux qui sont tombés dans ce travers que nous reproduisons ici la lettre que nous avons cru devoir adresser le 14 janvier de cette année de grâce 18G4:—
[ ) The Literury Budget — The Orchestra — The Wcekly Dispatch.