‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 315 sur 396 · AVRIL · texte numérisé non relu

AVRIL

Tu veux savoir Ami Shakespeare Ce qu’on pense de toi céans,

Et si, même après trois cents ans,

On t’aime encore et l’on t’admire ?

Eh bien !.. Tu trônes Roi des Rois !

Ton beau front ceint du laurier rose,

Ce jour même à l’apothéose Nous venons proclamer tes droits.

Ainsi que la moderne Athènes Sut élever dans sa cité,

Souvenir d’immortalité A Bums, à Scott, ses deux Mécènes Auprès de la Postérité,

Voilà que la vieille Angleterre,

De ton grand nom, maintenant tière Vient célébrer la royauté. (*)

(>) C’est un fait qui mérite d’être signalé que le revirement d'opinion qui s’est fait en ces derniers temps à l'égard de Shakespeare tunt en France qu’en Angleterre. De nos jours les meilleurs esprits en France admirent franchement Shakespeare que Voltaire traitait de Barbare ! Qu’est le théâtre de Voltaire en 1864? . . . Mais quelque chose de plus curieux encore, c’est de voir ce qu’en 1738, on pensait en Angleterre de Shakespeare, et ce que l’on imprimait sur le Barde de l’Avon dans la bonne ville de Londres.

Nous trouvons ces détails page 212 du noble ouvrage écrit par Victor Schœlclicr. — ( The Life of Ilündel.')

The London Daily Pogt du 14 mars, 1738, fait cette communication à ses lecteurs, ( nous traduisons ) ;

“ Plusieurs membres de la noblesse ont manifesté l’intention d’élever dans Westminster Abbey un digne monument à la mémoire de Mr. (rie) William Shakespear, le fameux poète anglais. Le 28 avril sera représentée à Drury Lanc la tragédie de Julius Cœsar pour venir en aide à l’accomplissement du monument projeté.”

Au bout d'un an, l’idée n’avait pas avancé d’un cran; on lit en effet dans le même journal du 10 avril, 1739: Hier soir, Hamlet a été joué it Covent Gardon, la recette destiuée à augmenter le fond du monument à élever à Shakespear. Il est à regretter que pour une telle occasion l'audience ait été si peu nombreuse. Lord Burlington pour rendre hommage au grand poète a payé sa place dix guinées. — Note de V Auteur.

À SHAKESPEARE

Car la royauté du Génie Elle seule de franc-alleu,

Vaut la royauté de par Dieu !

Bien souvent une ignominie !

Que sont Papes, Rois, Empereurs Près d‘un Hugo, près d’un Shakespeare 1 Un sublime enfant de la Lyre Est le seul type des Grandeurs !

Des peuples c’est la grande armée Qui vient dédiant devant toi,

De l’univers t’acclamer Roi,

Porter aux cieux ta renommée.

C’est que ton nom à tous est cher,

C’est que l’heureux fruit de tes veille» Nous a recréé des merveilles Depuis que nous quitta Chauccr.

Contemporain de tous les âges,

Comme Chaucer observateur,

Apte à fouiller, scalper le coeur,

A deviner tous les langages,

Tu sus d'un immortel burin Creuser à fond ces caractères Et de tyrans et de mégères,

Chancres hideux du genre humain.

Mais laissant dormir la furie,

Le crime et la perversité,

Du “ Songe d’une nuit d’été,"

Tu sus évoquer la féerie,

Et de la Folle du Logis Dans le pays imaginaire,

Tu nous fis trouver l’art de plaire Avec un tact, un goût exquis.

Admirateur de la nature Qui pour toi n’a pas de secrets,

A chaque instant tu nous en lais La plus adorable peinture ;

A tout mystère initié,

Aux arcaneB de la doctrine,

De la loi, de la médecine.

Tant ton esprit est délié !

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