I.A MODE ET La NUIT
Fait un monstre aujourd'hui selon sa fantaisie.
Du reste, femme en tout, elle ne sait jamais Ce qu’elle veut ; n'ayant qu’un désir, être belle,
Elle change toujours, se met en nouveaux frais Pour se faire adorer cette vieille immortelle.
Un certain jour qu’en un simple appareil Sur son sofa moelleux la noble paresseuse Nonchalamment maugréait au soleil.
Elle jeta cos mots à la nuit ténébreuse :
“Le soleil m'importune 1 ... A ma voix, Nuit, accours, Toi qui fus pour la honte un paravent toujours,
De l’occident surgis de l'ambuscade,
Reine de la soirée, et de la mascarade ;
Sans toi les cartes no vont pas,
Et la danse traînante en boitant fait scs pas.
Oui, si tu n’es là tout est gêne,
Les Belles et les Beaux n’ont que triste dégaine,
Sur tous ces ennuyés en tête ayant martel
VienB, mets le masque universel ;
Et déguisés par toi, tous dans un gai désordre De la Nature intervertirons l’ordre."
La Mode a dit. D’un pas lent et majestueux La Dame au manteau noir, envahissant les cieux En fronçant le sourcil, d’un rire sardonique Fit à ce beau discours cette simple répliqué :
“ Cette Nature dont vous vous plaisez, cher cœur,
A mécaniser la grandeur,
Moi, pour la réparer, de Dieu reçus naissance,
Pour contraster par ma paisible essence Les tableaux éclairés par le brillant soleil.
Avec ma potion invitant au sommeil,
A l’art laborieux je rends l’omnipotence,
Et prépare sans bruit le règne du silence.
Mais toi j’ai mille raisons pour Te maudire insensée ! en ton humeur légère,
Toi qui prétends porter mon sceptre, et faire Des heures de la nuit le supplément du jour.
De tes brillants flambeaux la lumière parjure Est un outrage à la Nature ; M’accorde-t-on un endroit ténébreux,