LE NIGAUD ET LA BUCIIE D’ABEILLES
Nature 1 . . Muse du mauvis,
Et Mère des pensera, des chants les plus exquis,
Comme dans ta solicitude Tu nous fais oublier chagrin, inquiétude!
Tu souris, mais non pour moi seul.
Sur le mont, sur le lac, le vallon, le tilleul,
• Comme sait sourire Clélie
Quand on fait son portrait, pour être plus jolie,
Devant Hayman, le peintre sans rival,
De ses beautés au vent mettant la panoplie Pour le désespérer, et punir sa folie De chercher même avec Bon pinceau magistral A vouloir égaler jamais l’original ! ”
11 eut dit certes davantage,
Mais en scène voilà qu’advint un personnage,
Nigaud de sa nature, et Rustaud de son nom.
De Darde reconnut l'imbécile en renom,
Et prudemment faisant retraite Se blottit dans le coin d’une verte cachette,
Apte à continuer sous l’abri protecteur Le rôle qu'il aimait, celui d'observateur.
Cependant ennuyé de bayer aux corneilles,
Et de ne trouver pas d’hommes à tourmenter,
Rustaud s'imagina de parler aux Abeilles Et de ce ton cassant qui veut tout pédanter,
Ainsi de but en blanc sans façon et sans gêne,
S’adressa tout à coup de la Ruche à la Reine :
“ Madame ne prenez ni vapeurs, ni terreurs,
Je m’en viens seulement nettoyer vos erreurs;
Et de mon amitié pour vous donner le gage Vous mettre à même de faire meilleur ouvrage.
Et tout d’abord je vous dois im conseil :
Cessez, Madame, avec tant d’appareil
De porter du miel sur vos cuisses ;
Porter de tels fardeaux dà ! c’est bon pour des Suisses! Mais employez, (c’est mieux, je le soutiens),
Le bon vieux Mans, le carrossier des Fées;
Car celui-là qui peut faire, avec quelques riens Un char, — pourra fort bien pour porter vos trophées, Improviser ainsi que les magiciens
LE Kl O AUD EX LA BUCHE D’ABEILLES.
Pour votre usage une charrette Tout à la fois élégante et proprette.
A la charrette alore vous ferez atteler,
Disons en pourparler,
Environ quelque seize Abeilles,
Il ne faudra leur tirer les oreilles Pour emmagasiner votre moisson de miel.
Je vous le dis ensuite, et c’est un fait réel,
Vous ne connaissez pas l’art de l’architecture, Vous bâtissez très mal, je vous assure,
Je vous enseignerai par un moyen nouveau A mieux vous servir du niveau.
Je suis quoique modeste, un vrai puits de science, Je suis un érudit de grande expérience,
Si que, de chaque auteur je sais chaque dicton, D’Archimède jusqu’à Whiston.
Bien que faire le miel soit votre lot, ma mie,
Vous avez besoin d’aide en l’art de la chimie ;
Et bien que vous chantiez vos succès ta 1 ta ! ta ! Vous n’êtos, croyez-moi, dans la viâ reelât Volontiers je mettrai moi la main à la pâte,
De vous rectifier, Madame, tant j'ai hâte !
A propos l’on m’a dit, ne sais d’où ce bruit part, Que vous vous prépariez à soutenir la guerre ; J’aimerais avec vous d'honneur y prendre part; Mais bien que l'ennemi soit débarque naguère, C’est mal de dépenser tout autant qu'un milliard Pour une permanente armée.
Si des lois contre moi bâillonnez la rigueur,
A vos pieds, Majesté, je mets ma renommée,
Et j'écris un pamphlet tout en votre faveur.
Si je jette un coup d'œil sur votre politique,
De personne ne dis du mal,
Mais je n’aime, entre nous, votre conseil aulique, Il est vraiment trop peu national.
Il y a, je le crois, aussi certaine Abeille Qui sur pattes se hausse, et passe pour aiglon,
Et qui n’est rien moins qu’un frelon, Qui vit sur vous, et ce n'est pas merveille ! Je ne nomme personne, et ne fais de caquet N'aime pas attiser les fiammes,
Non plus faire des épigrammes,
LE NIGAUD ET LA BUCIIE D’aBEILLEB. 391
Mais il y a, chacun le sait,
Dans votre vilain ministère Un tas de chenapans qui feraient bon effet
Mais seulement à leur place ... au gibet 1 Et ce serait exemple salutaire ;
Car voyez-vous, pour un peu d’or Entourant leurs secrets de crêpes,
Ils complottent avec les guêpes !
Malgré tout, cependant, vous serez grande encor, Et vos sqjets seront heureux et libres,
Si de l'honneur en vous sentant vibrer les fibres, Vous me remettez, Majesté!
Sur l’affaire en entier complète autorité 1 ”
Ainsi comme les eaux de l’océan immense,
Sa langue eut clapoté sans nulle intermittence,
Si la Reine n’eut cru de ce lourd paltoquet Devoir ainsi rabattre le caquet :
“ Impertinent brouillon, sans esprit, sans vergogne. Qui de tout colporter fais la sale besogne.
Outre pleine de vanité De laquelle il ne sort jamais qu’inanité 1 Pour servir de jouet à la cour, à la ville.
Rebut du genre humain, admirable imbécile !
Ne dois-tu donc savoir, en vérité,
Que dans ce beau paya où vit la liberté
La guerre est faite
Ou par Eléonore, ou bien de par Suzette !
Et que Jobson . . . l'universel Espèce de Cadet Roussel N'est rien moins qu’un Machiavel !
Qu’en un mot Albion a de bons diplomates En un besoin pressant autant que de tomates I Après cela tout simplement Dis à Ilardwick qu’il n’a de jugement ! Enseigne à la justice à tenir sa balance,
Et puis dis à Murray comme une remontrance,
Que de feu Démosthône il n’a pas l’éloquence !
Dis à Vane qu’il n’est connu par sa bonté,
Et qu’il manque de goût, même d’humanité ! Pelliam est, on le sait, l’émule de Mécène,
Dis qu’est fausse sa mise eu scène,