LE COQ ET LE TATTHEAC
Je laisse donc an Coq aussi bien qu’au Taureau Le soin de présenter au public mon tableau.
Un lier Taureau qui, depuis son jeune âge, Avait soumis à son servage Des vaches par milliers ; père de maints troupeaux
De veaux,
Que chaque printemps voyait naître, Pour le profit de Mons Grosjean son maître, Devenu vieux, tel qu’ermite au désert,
Do lui-même se mit au vert,
Et chercha la béatitude Loin des plaisirs du monde, et dans la solitude.
Les vaches cependant dirent dans leur caquet Qu’en amour le taureau n’avait plus de toupet,
Puis allèrent conter leur peine En gémissant au maître du domaine.
“ En est-ce venu là?" . . dit Grosjean, le rustaud,
“ Ce que vous me narrez, si c’est bien de l'histoiro, Tant pis, ma foi, pour le maraud,
Tout justement demain est jour do foire,
Nous lui ferons donner l’assaut !"
Puis il dit au Taureau : “ Mon vieux 1 bonne nouvelle ! LeB chiens demain matin te broieront la cervelle I ’’
Ce qui fut dit, fut fait. Mais certes point ne veux Dire un mot, un seul mot de ce supplice affreux Qui devrait être en hoireur à la terre.
Toutefois le Taureau revint victorieux.
Tenez, il se lamente en un silence austère !
Un Coq, — un vétéran, brave et majestueux,
Un serviteur et loyal et fidèle,
Et qui depuis long-temps servait aux mêmes lieux Et d’horloge et de sentinelle ;
Dont le coricoco vaillant, des plus oseurs,
Mettait lutins en fuite — aussi bien que voleurs,
Et qui dans sa verte jeunesse Par son agilité, par sa rare prestesse Avait su, déplorant le sort des poulets gras,
A Noël esquiver billot et coutelas,
A l’instant revenait portant noble blessure,
Souffrant, mais triomphant, de l’un do ces combats Dont le profit, c’est chose sûre,
Est pour les généraux, et non pour Ica soldats.