‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 340 sur 396 · LE 8EBPENT, L’OIE ET LE ROSSIGNOL · texte numérisé non relu

LE 8EBPENT, L’OIE ET LE ROSSIGNOL

Sur le bord d’un ruisseau qu'ombrageait un grand arbre, Chanteclair entendit, (son coeur n’était de marbre),

De son frère en malheur les sourds gémissements,

Et faisant fi de sa propre souffrance,

Dans l’air il jeta d’importance Par trois fois, trois hourras dans ses plus fiers accents.

“ Relève-toi, voisin, de ta sombre attitude,’’

Dit -il, “ et ne fais cas de Grosjean, un manant ;

De l’homme ne sais-tu quelle est l’ingratitude ? Méprisons tous les deux ce monstre raisonnant De nos ergots et de nos cornes,

Et ne nous laissons pas aller aux humeurs mornes.

11 me semble, voisin, à chaque aube du jour,

Lorsque j’adresse au ciel le cri de mon amour Qu’une voix me répond réconfortant mon âme Que tout ira bien mieux dans peu,

Selon l'ordre de Dieu :

Que l’homme en s'écartant du céleste programme A lui tracé par notre Créateur,

Forfait sur cette terre à son futur bonheur ;

Et qu'en nous refusant à tous miséricorde,

Il outrage la loi d’amour et de concorde

Que le bon Dieu créa pour tous.

Au jour du jugement, ne faut être prophète,

Pour prévoir que l’homme à genoux Enviera le sort do la bête Dont il fut le fléau, qu’il abîme de coups ! ”

Page 1