‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 342 sur 396 · LE SERPENT, L’OIE ET LE ROSSIGNOL · texte numérisé non relu

LE SERPENT, L’OIE ET LE ROSSIGNOL

Cet homme et son espèce ont mes mépris tous deux, Des Critiques pareils, ce sont d’infâmes gueux I

Comme en se dandinant une Oie Vers un taillis voisin un jour se frayait voie,

Elle arriva, clopin-clopant A trébucher sur un Serpent,

Et prit occasion sans pudeur ni vergogne,

De l’accuser de plagiat.

“ C’est moi,” fit-elle, “ qui me donnai pour besogne De siffler certe avec éclat Le bruyant Rossignol, et des bois l'Alouette Qui si stupidement caquette ;

Moi qui, sublime, en gros comme en détail,

Me baisse cependant pour entrer au portail

Qui conduit à mon temple ;

Moi qui, toujours, partout, ai su servir d'exemple,

Et la première ai fait jabot,

De mon mépris pour le non comme il faut 1 Tandis que toi, contrefaiseur indigne De ma méthode, en ton humeur maligne,

Oses sans te ranger sous mon noble étendard Chercher à siffloter, contrefaire mon art 1”

Le Serpent furieux répondit : “ Sachez Dame Que n’ai pour mon talent pas besoin de réclamé ;

Car je date d’Adam, et c’est moi, je le dis,

Certain jour qui lui fit fermer le Paradis.

Siffler 1 ne le dis pour la rime,

Est l’art, on le sait, où je prime,

Et j'irais imiter — être contrefaiseur! . .

Si tout autre que vous m’eût chanté cette gamme, J’eusse dû le punir, mais vous ma pauvre Dame, Vous! . . vous êtes une Oie. — Ainsi donc serviteur!”

“Vous qui vous chamaillez, trêve à votre folie,"

Dit en les entendant, soudain le Rossignol,

“ Puisque dans la nature, il n'est, point ne l'oublie, Pas d’autres animaux sifflant sur notre sol,

Vous devriez tous deux comme soeur, comme frère, Vous estimer, plutôt que vous mettre en colère !

Car souvenez-vous en, vous qui possédez l’art D’engueuler le prochain, et le tiers et le quart,

Vous êtes tout au plus maîtres en l'art de braire,

MADEI.OK ET l’ÉTAOÈBE.

Toi Serpent, mon très cher, tu n’es qu’une Oie austère. Et toi qui va clopin-clopant Patauger dans la boue, en humer les écumes,

Tu n’es rien qu'un Serpent A plumes ! ”

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