LA PERRUQUE 1 BOURSE ET LA PIPE
Une noire Pipe ùjfumer,
Dont les vapeurs, je vous le dis, en confidence,
De rose ne sentaient aucunement l’essence,
Mais bien un de ces goûts qui vous font blasphémer. La Perruque eut bientôt cette odeur à la tête ;
Or elle avait la tête assez près du bonnet,
Si, qu’à la Pipe malhonnête,
Elle riva son clou par ce vif camouflet :
“ Vilain morceau mal cuit de la plus vile boue,
Qui de l’homme abrutit et boursoufle la joue,
Que viens-tu faire ici dans ce séjour de paix Où monstre tel que toi certes n'entra jamais ?
Vade retri) — ton haleine est funeste,
Et ton contact hideux me donnerait la peste.
O barbares Anglais ! ô vilains Hollandais I Qui vivez do la Pipe ! oh ! combien je vous hais 1 Je vais m’évanouir ... A moi Nanon 1 Surette I Au secours 1 au secours ! ouvrez l'espagnolette Ou je meurs ... ou plutôt appelez un valet Et qu’il emporte au loin ce dégoûtant objet.
Qui t'as fumé ? Dis ! Pipe abominable !
Ou c’est l’Epidémie, ou plutôt c’est le Diable I Oh 1 quel tohubohu 1 quel laid fouillis d'odeurs I Ça résume en soi seul toutes les puanteurs ! . . Suzettc 1 à ma rescousse ou vais avoir la grippe! "
A ce débordement, la Pipe (Car c’était une Pipe ayant ma foi grand cœur.
Et qui ne laissait pas marcher sur son honneur.
Ni baver sur sa renommée,)
Au milieu de flots de fumée Comme l’oracle des anciens,
Ainsi de la Perruque annihila les riens :
“ Eh! de quoi s'agit-il Madame la Vantarde?
Et pimpante et fantasque, et française et poissarde ? Votre langage outrecuidant,
Et qui voudrait être mordant,
Au nez fait monter la moutarde.
Nos Anglais certes valaient mieux Avant de vous donner la vogue, Quand ils se contentaient de leurs propres cheveux, Dédaignant de porter vos crinières de dogue !
Sachez-le bien, de cheveux vil amas !
Que tous les gens sensés de vous font peu de cas.
LE BOTTHONME PBÜDENCE ET LA GÉNÉROSITÉ. 405
Moi, je suis une Pipe Anglaise D’un matelot anglais l’amour, ne vous déplaise,
C’est par moi, c’est par mon secours, Par l’influence que j’exerce,
Qu’il vient, et cela tous les jours,
En aide à l’Angleterre, en aide à son commerce.
Que je sois ivre, ou sois à jeun Je suis honnête fille, et mon acre parfum
Vaut mieux, le dis sans haine, Que votre odeur malsaine.
Je sais que gens de votre bord M'accusent de puer triple nom d’un sabord !
En disant que je suis déguenillée,
Parce que, comme vous, ne suis pas habillée ;
Vos mépris je les bois, car, me venant de vous,
Ce sont éloges vertuchoux 1 La vertu, ça se sait, est toujours peu vêtue,
Le vice est, au contraire, en très grande tenue ;
La Nature proscrit l’abus, c’est vérité,
Et sa grande toilette est ... la simplicité ! "