SMITH (ALEXANDER
Barbara.
Le jour au seigneur consacré Je traversais le terrain effondré Du cimetière et gris et vieux et délabré ;
BABBARA.
Et parmi tous ces chants de paix et de concorde Parmi l'orgue fongueux tonnant miséricorde Et le chœur répétant : “ Seigneur accorde 1 accorde I Je me tenais distrait Barbara !
Mon pauvre cœur était ailleurs Pendant que l’orgue épandait ses clameurs,
Et qu’il les bénissait le prêtre les pécheurs !
Mais quand je me levai, pour gagner d'aventure Ma demeure, à mes yeux s’offrit une figure De céleste beauté, c’était toi, je le jure,
Comme avant ta mort, Ô Barbara 1
Cette forme aux pâles lueurs Ces yeux si beaux, si doux, et si rêveurs Quand je les vis jadis chère, c’était ailleurs ;
Tu venais en courant m’apporter ta constance,
Le fleuve en te tuant, tua mon espérance ;
Sur ta bouche baisée était angoisse intense,
Quand alors je te vis Barbara I
Pendant ces tristes ans, onze ans As-tu dis-moi langui dans ton ciel sans Qu’un apperçu terrestre ait visagé tes sens?
As-tu donc négligé les destins de ta race,
Ix: tombeau paternel, de ta mère la trace,
Pour ne voir que moi seul qui vivait de ta grâce . . . Es-tu, dis, heureuse Barbara?
Parmi les anges, penses-tu Au bracelet que je mis impromptu A ton bras sur ce bord ?.. Ou quand minuit vêtu Du silence du ciel, et d’étoiles nombreuses Nous le vîmes ensemble, après heures joyeuses,
De gais propos, de chants, de voix harmonieuses . . . Tant qu'enfin vint l'aube Barbara 1
J'ai bien changé depuis ce temps,
Mon cœur il a gaspillé ses printemps,
J’ai payé cher péchés, erreurs, depuis onze ans ;
Mais à toi, malgré ce, je fus toujours fidèle ;
Je t’aimais, — au-dessus de mon âme immortelle, Comme un vif arc-en-ciel tu domines, ma belle,
Et l'amour m’a sauvé Barbara !
1 UNE MOMIE EOTPTIENNE. 415
Amour ! — ne suis pas béni moi I Le bien, le mal, ne sais auquel ai foi,
De doutes monstrueux ma vie est le pourquoi ?
Si je pouvais pourtant une heure, une seconde Du rivage étoilé t’attirer en ce monde,
J’apprendrais de la mort la science profonde . . .
Dis, veux-tu m’instruire Barbara?
En vain 1 en vain ! en vain 1 en vain !
Non plus jamais ne viendras, c’est certain : —
Sur les lugubres monts là bas tombe sans frein La pluie, et le vent souffle ; et la mer elle exhale De longs gémissements de sa voix sépulcrale,
Avec la mort et toi, la paix . . . c’est sous la dalle, —
Oh I je suis fatigué Barbara 1
SMITH (HOBACE).*
A une Momie Egtptiknnb.
Dire qu’en ton vivant, de Thèbes dans les rues, Dans ses verdoyants parcs, et dans leurs avenues Tu marchais, il y a de cela trois mille ans Quand du Memnonium s'entendaient les accents I Quand le Temps n’avait pas encor de chute en chute Aux temples, aux palais fait faire la culbute,
Et que n’existait pas cet immense néant De ruines d’un monde en ce temps là géant !
Parle, voyons, Momie, et dis-nous quelque chose, Depuis assez longtemps tu restes bouche close ; Quand on a comme toi langue, il faut s’en servir, Plutôt que végéter dans un muet dormir :
Debout tu te tiens là comme un I sur la terre, Visitant à nouveau ce monde sublunaire,
Non comme ces Esprits, ombres de revenants,
Mais avec tes vrais os, et tes traits permanents.
Dis-nous, — tu dois sans doute en avoir souvenance, Du Sphinx à qui faut-il assigner l’importance? Chéops ou Céprénès construisirent-ils pas Les Pyramides qui portent leurs noms là bas ?