‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 355 sur 396 · À UNE MOMIE EGYPTIENNE · texte numérisé non relu

À UNE MOMIE EGYPTIENNE

De ta prison tn fus trop longtemps locataire Pour conserver toujours le besoin de te taire?

Dis-moi vieil habitant du monde des Esprits Que fis-tu par là lias ? et quel est ce payB ?

Depuis le jour, Momie, où tu dors dans ta boîte Nous avons vu sur terre, et de gauche et de droite D’assez grands changements ; est né, puis a pris fin Cet état tapageur dit l'Empire Romain ;

Nous avons vu surgir aussi de nouveaux mondes,

De vieilles nations s’éteindre moribondes ;

Nous avons vu pourrir ne sais combien de rois,

Tandis que tu te tiens debout comme autrefois.

N’as-tu pas entendu cette immense tempête Que souleva Cambyse alors que sur ta tête,

Le grand vainqueur Persan fit marcher ses guerriers De l'Egypte effaçant les soldats par milliers,

Renversant Osiris, Orus, Apis . . . que sais-je?

Et par l’effroi faisant annoncer son cortège ?

Les Pyramides lors tremblèrent de frayeur Quand fut broyé Memnon tombé de sa hauteur.

Si du tombeau pour nous la vie est un mystère, Revèle-nous du moins ce que tu fis sur terre ?

Sous cet amas de cuir tanné battait un coeur Accessible aux émois de peine et de bonheur ;

Ce visage cuivré sans doute bien des larmes L’ont sillonné parfois ; — as-tu goûté leB charmes De voir sur tes genoux des enfants de ton sang ?

Dis ! quel était ton nom, et ta race et ton rang ?

Immortel chez les morts! de chair jaune statue I De l'Ephémère? forme intacte maintenue !

Homme posthume qui de ton lit trop étroit Par nos vouloirs tiré devant nous te tiens droit,

Non encor dépéri ; — tu ne saurais comprendre Nos sentiments divers, car tu ne peux entendre,

Et tu n’entendras rien jusqu'au jour solennel Où pour le jugement résonnera l’appel.

Pourquoi donc cet habit de notre forme humaine Survivrait-il ainsi, si l’âme souveraine,

Si cet hôte immortel dût périr à jamais?

Oh ! sachons donc garder à l’abri des regrets

Page 1