‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 371 sur 396 · LE FOSSOYEUR · texte numérisé non relu

LE FOSSOYEUR

Tandis que nos amis pendant ce long«tic-tic, S'éteignent chaque jour, que fuit notre jeunesse !

Et son cœur bat toujours bien qu’il soit sans chaleur, Et toujours et toujours se meuvent ses aiguilles,

Bien que soient disparus, las ! plus d’un noble cœur, Plus d'une main amie au sein de nos familles 1 Tic, tic, disait sa voix, vers le lit du tombeau 11 faut aller coucher sans demander son reste ;

Salues du regard là haut ce ciel si beau,

Et sus ! préparez-vous pour un matin céleste !

Le Fossoyeur.

Dans sa main tremblote la bêche,

Tout blancs sont ses rares cheveux,

Et sur la terre humide et fraîche l)e longs pleurs coulent de scs yeux :

“ Pourquoi pleurer ainsi, dis homme de la tombe,

Que sert de t’affaisser sous le poids des douleurs ?

La terre perd lorsque l’homme succombe,

Mais crois, le ciel préserve, il est un monde ailleurs!”

“ Ce matin,” fit-il, “ à la vue Du cimetière désolé,

Et dans la chambre contiguë Sachant mon fils mort, — accablé,

Je crus qu’il me faudrait pour lui creuser sa tombe Appeler à mon aide un secours étranger,

Lorsque des yeux torrent de larmes tombe,

A creuser une tombe alors comment songer ?

“ Mais lui, j'en avais conscience,

Moi mort, il eut fait son devoir j J’implorai donc la providence De me donner force et pouvoir,

Mais c’était dur, bien dur! Vous m’avez fait entendre Un mot de doux espoir pour calmer mes douleurs,

Tout ici bas je le vois n'est que cendre,

Au ciel montez mes vœux, il est un monde ailleurs 1"

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