TOUT EST MUSIQUE DANS LA NATURE
Sus ! cloa-le ton grand livre, 6 Temps ! Car jà j’entends le glas de l’année expirante,
Et de son sablier l'âme est agonisante.
Où serai-je, Grand Dieu 1 lorsque les mois roulants Auront par douze fois vieilli ma destinée ?
Puis-je donc savoir où sera mon âme ignée? . . Mais c'est le carillon de la nouvelle année ! . .
Sus ! vitcment clos ton grand livre, ô Temps !
Tout est Musique dans la Nature.
La musique est partout, entends-tu mon amour, Dans l’ouragan quand sévit la tempête,
Dans la brise d'été qui murmure à l’entour
Un citant divin, du doux sommeil la fête ;
Et dans la nuit aussi lorsque le rossignol A l’écho qui l'admire enseigne son bémol.
Avec moi, mon amie, ores dis ce cantique :
La musique est dans tout, dans tout est la musique I
La musique est partout, entends-tu mon amour,
Dans le remous des vagues sur la plage,
Dans le coup de tonnerre alors que fuit le jour,
Et que l’éclair jaillit fauve et sauvage ;
La musique est aussi sur le bord de la mer,
Quand l’océan clapote à minuit sur la dune,
Que chaque bruit s'éteint, qu’à peine souffle l’air, Que le mystère seul se mire au clair de lune.
La musique est partout, entends-tu mon amour,
Du lis modeste au fin fond du calice,
Quand son parfum si pur sur les ailes du jour
Hardiment monte, et vers le ciel se glisse ;
La musique est aussi dans les astres divers Epars au firmament, ce beau séjour des Anges,
Qui plongent leurs regards sur ce vaste univers Reportant au Très Haut des mortels les louanges. ,
La musique est partout, entends-tu mon amour,
Dans le regard imbibé d’éloquence Qui fait qu'on plaît au cœur alors qu’on fuit la cour Au cher objet d’amoureuse souffrance ;
La cantique ect aussi dont l'accent si touchant De l’oiseau de Vénus, quand cet oiseau roucoule,
De nos chéris aussi dans la voix, dans le chant.
Dans le gentil glouglou du frais ruisseau qui coule.
La musique est partout, entends-tu, mon amour,
Et l’esprit pur y rêve le langage Qu’il entendra sans doute au céleste séjour Quand d'ici bas finira son voyage.
Des Anges la mosiqne est le chant merveilleux,
La musique, en un mot, est l’avant -goût des ci eux ; Avec moi, mon amie, ores, dis ce cantique :
La musique est dans tout, dans tout est la musique 1
TATHAM (EMMA).*
Au Vent.
O Vent! ô libre Vent! comme un esprit sublime Des vallons tu t’en vas des monts grimper 1a cime ; Sur tes ailes s'assied et se promène Dieu,
Et les bois vont porter sa louange en tout lieu.
Le nuage s'empresse à voler sur tes traces,
Le vaisseau fin voilier s'incline quand tu passes. Cependant que fringant tu poursuis ton chemin,
A la vague en riant fredonnant ton refrain.
Le nuage en son sein qui recèle 1a fondre T’accueille avec fureur, et voudrait te dissoudre. Toi tu lui ris au nez, et sautant sur son dos,
Le forces à courir et par monts et par vaux.
A l’heure de minuit lorsque tout est tranquille, C’est imposant t'ouïr au loin cuver ta bile,
C est effrayant aussi d’entendre tes sanglots,
Dis, Voyageur de Nuit, qui les cause tes maux ?
O puissant Inconnu ! dis ! qui te fraye voie, f"-tu fureur, menace, ou bien extase on joie?
Cû t'élances-tu donc ainsi seul ot si tard,
8t'ce P0l>r effrayer que tu te fais braillard ?
p rs'tu de ta prison comme un esprit rebel'c,
°mme un guerrier viens-tu forcer la citadelle?
AU YEÎÎT.
Dis ! qui pousse à ta fuite avec tant de cl&mour,
La crainte ou le transport, la haine ou bien l’amour?
Toi qui de l'océan au ciel jettes la vague,
Qui prends la tour d’asRaut d’un seul coup de ta dague, Qui te moques de l'homme et nargues son orgueil,
Qui peut t'apprivoiser? te clouer au cercueil ?''
— “Je veux bien te répondre, Homme ! Enfant de la tombe ! De l’Aigle j’ai le vol, le cœur de la Colombe,
Suis libre comme l’air, et plus fort que les rois,
Mon culte c'est l'amour, l'amour et ses émois.
“ Près mon Maître endormi sur la mer déferlée Une nuit je chantais, c’était en Galilée,
Ne connaissais mon Maître encor, mais il parla Et mon esprit rageur soudain capitula.
“ Et maintenant je suis sous sa toute puissance,
Tout libre que je sois, lui dois obéissance,
Que je courre au désert, ou caresse la fleur Ne fais que son vouloir en humble serviteur.
“A son ordre soumis les rives de Golconde Je vais les éventer; — le lis amant de l’onde Je lui courbe la tète, et vais porter joyeux De doux parfums au nord quand il dit : ‘ Je le veux 1’
“Vais-je vers le midi? — De suite l’hirondelle A dada sur mon dos fais remorquer son aile,
Je souffle ... la santé s’agrippe au front fiévreux,
A l’arbre fais chanter des hosannas nombreux.
“J’ai secoué tes lis, ô Nil, et ce soir mf-me Aux sables du désert, j’ai jeté l’anathème ;
Sous mon étreinte j'ai vu le cèdre orgueilleux Plier, et l’Océan plisser ses flots rugueux.
“Je m’élance au galop vers les forêts sublimes De l'Amérique au loin qui noircissent les cimes,
Je m’en vais éventer le front de l'Indien,
Et puis assaillir l'Aigle au vol éolien.
“ Et puis de l'Océan j'irai gagner les lies
Sur son beau sein dormant comme on do sûrs asiles,
Je boirai loirs parfums, puis de U par les cieux J’irai les déverser pour fêter les heureux.