‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 54 sur 396 · LES POÈTES ES MINIATURE · texte numérisé non relu

LES POÈTES ES MINIATURE

LA PETITE FILLE

Moi, pas un jour n’a passé, frère,

Oh, sans même te dire adieu,

Ko sois allée au cimetière ;

Car au tombeau de notre mère Je me croyais plus près de Pieu Juge donc quelle fut ma joie,

Quand vis pour la première fois Pâquerette à gentil minois,

Pans le gazon se frayer voie.

Ce n’était d’abord qu’un bouton Orné d’un tout petit feston,

Mais cette forme si nouvelle A mes yeux qu'elle parut belle !

Près d’elle je m’agenouillai,

Et tendrement la contemplai,

Je croyais que c’était un songe ;

Mais ce n'était pas un mensonge,

Je vis surgir le cramoisi Pu fin fond de sa châsse verte,

Il surgissait couci-couci Pe la gorgerette entr’ouverte ;

Et sans me lasser, chaque jour Je l’épiai, je la vis poindre,

Et puis ensuite se disjoindre,

Tandis qu’au fond de son contour Reposait blancheur argentine, Semblable â cette blanche ermine Qui relève encor la fraîcheur Pc jeune fille en sa primeur.

Enfin elle devint parfaite Comme l’aile d'un roitelet ;

Je la trouvai toute complète,

Rien ne manquait h son effet.

Je rêvai d’elle ; chose étrange !

Pans mon imagination J e crus, frère, que d’un bel ange, C’était un pleur d'affection.

Un ange pleurer notre mère Pont l’âme est maintenant aux cieux C’est consolant, n'cst-ce pas, frère?

C’est un penser délicieux !

LE» POÈTES EN UINlATUItE. 73

LE PETIT GARÇON

Parle sœur, poursuis, je t’écoute,

D'avoir un penser je me doute.

LA PETITE FILLE

Nos chèvrefeuilles, — que sont-ils?

Au soleil eux qui font leur tête?

N’ont-ils donc, plus noble conquête Que d’user leurs muscles virils Du mur à se glisser au faite ?

LF. PETIT GARÇON.

Ils sont nés près de notre mur,

C'est leur berceau j ce serait dur Pour eux, d’en quitter la retraite,

Car pour eux elle est si bien faite !

Il leur faut toujours un soutien,

Comme il en faut i\ la faiblesse ;

Comme nous avec tant d’ivresse,

Autour de notre ange gardien,

De maman, nous étions si bien.

LA PETITE FILLE

Nos violettes, — que sont-elles.

Qui se pavanent au soleil ?

Sculettes, elles font les belles,

Et la nuit tombent de sommeil ;

Leurs têtes penchent vers la terre Comme un indice de chagrin,

Eh ! pourquoi donc croître au jardiu ?

Elles ne le devraient pas, frère.

LE PETIT GARÇON

C'est leur cité, leur monde, sœur,

Ce n’est rien qu’une pauvre fleur,

Seule exposée à la tempête

LA PETITE FILLE

Nos œillets camés, — que sont-ils Au soleil eux qui font leur tête?

Je sais bien que dans leurs pistils Est le miel si cher à l’abeille ;

Que de leur cœur, douce merveille,

S’exhale un parfum savoureux ;

Page 1