LES POÈTES ES MINIATURE
LA PETITE FILLE
Moi, pas un jour n’a passé, frère,
Oh, sans même te dire adieu,
Ko sois allée au cimetière ;
Car au tombeau de notre mère Je me croyais plus près de Pieu Juge donc quelle fut ma joie,
Quand vis pour la première fois Pâquerette à gentil minois,
Pans le gazon se frayer voie.
Ce n’était d’abord qu’un bouton Orné d’un tout petit feston,
Mais cette forme si nouvelle A mes yeux qu'elle parut belle !
Près d’elle je m’agenouillai,
Et tendrement la contemplai,
Je croyais que c’était un songe ;
Mais ce n'était pas un mensonge,
Je vis surgir le cramoisi Pu fin fond de sa châsse verte,
Il surgissait couci-couci Pe la gorgerette entr’ouverte ;
Et sans me lasser, chaque jour Je l’épiai, je la vis poindre,
Et puis ensuite se disjoindre,
Tandis qu’au fond de son contour Reposait blancheur argentine, Semblable â cette blanche ermine Qui relève encor la fraîcheur Pc jeune fille en sa primeur.
Enfin elle devint parfaite Comme l’aile d'un roitelet ;
Je la trouvai toute complète,
Rien ne manquait h son effet.
Je rêvai d’elle ; chose étrange !
Pans mon imagination J e crus, frère, que d’un bel ange, C’était un pleur d'affection.
Un ange pleurer notre mère Pont l’âme est maintenant aux cieux C’est consolant, n'cst-ce pas, frère?
C’est un penser délicieux !
LE» POÈTES EN UINlATUItE. 73
LE PETIT GARÇON
Parle sœur, poursuis, je t’écoute,
D'avoir un penser je me doute.
LA PETITE FILLE
Nos chèvrefeuilles, — que sont-ils?
Au soleil eux qui font leur tête?
N’ont-ils donc, plus noble conquête Que d’user leurs muscles virils Du mur à se glisser au faite ?
LF. PETIT GARÇON.
Ils sont nés près de notre mur,
C'est leur berceau j ce serait dur Pour eux, d’en quitter la retraite,
Car pour eux elle est si bien faite !
Il leur faut toujours un soutien,
Comme il en faut i\ la faiblesse ;
Comme nous avec tant d’ivresse,
Autour de notre ange gardien,
De maman, nous étions si bien.
LA PETITE FILLE
Nos violettes, — que sont-elles.
Qui se pavanent au soleil ?
Sculettes, elles font les belles,
Et la nuit tombent de sommeil ;
Leurs têtes penchent vers la terre Comme un indice de chagrin,
Eh ! pourquoi donc croître au jardiu ?
Elles ne le devraient pas, frère.
LE PETIT GARÇON
C'est leur cité, leur monde, sœur,
Ce n’est rien qu’une pauvre fleur,
Seule exposée à la tempête
LA PETITE FILLE
Nos œillets camés, — que sont-ils Au soleil eux qui font leur tête?
Je sais bien que dans leurs pistils Est le miel si cher à l’abeille ;
Que de leur cœur, douce merveille,
S’exhale un parfum savoureux ;