‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 55 sur 396 · SUR LA PLAGE · texte numérisé non relu

SUR LA PLAGE

Que tous ils ouvriront leurs yeux Dès ilem&in oïl gît notre mère ;

Mais, frère, n'est-il pas honteux D’apprendre, et par une étrangère Sympathique à notre douleur,

Ce qu’eut dû m’enseigner mon cœur ?

LE PETIT GARÇON

Mon coeur est avec toi, Jessie,

Sinon ma main ; je t’apprécie.

Que cette tombe ou sont nos cœurs Brille par toi do mille Heurs,

Quand meurt une mère aussi lionne Au deuil l’univers s'abandonne !

BKADDON (MISS E. M.)

Sur la Plage.

Elle déchiquetait l’algue noire en sa main ;

Lui — -jetait sur le sable un regard incertain ;

Elle ses yeux suivaient la mer eu sa carrière :

Elle est pour moi,” dit-il, “ plus que la vie entière, Bien plus que l’océan, que le monde en sa sphère,

Et que lo ciel là haut d’oîl nous vient la lumière."

Sa lèvre gracieuse exhalait le dédain,

Son visage était lier, et d’un aspect hautain,

Ses yeux noirs flamboyaient sur la vague houleuse, Mais leur lumière était aussi trop orgueilleuse :

“ Elle règne sur moi la belle dédaigneuse,

Je vis de sa beauté, pour moi si précieuse.

“ Mais je meurs du mépris qui jaillit de ses yeux,

Je meurs aussi du froid dont sont payés mes feux ; Pourtant cette beauté sur moi prend son empire, Seule en elle pourtant je vis et je respire,

Son froid orgueil est l'ombre oit s'éteint mon délire, Mais sa beauté l’emporte, et malgré moi, j’admire !

“ Comme est froid son dédain, il est vain mon amour. Et mon rêve mourra quand il verra le jour;

Son cœur est aussi dur que dure est cette plage Battue à chaque instant par la vague en sa rage.

LA PÉTITION 1)U HETRE.

Cependant je lanterne ici sur ce rivage,

Ut ne saurais partir devant son fascinage."

— “ Pourquoi vous attarder ainsi," dit-elle enfin,

“ Le soleil jh descend dans son lit purpurin Un mélange admirable et d'opale et de rose."

— “ Oh ! oui le monde entier, excepté moi, repose :

Prenez pitié,” dit-il, “je vous aime, je l'ose,

Plus que ciel et que mer, bien plus que toute chose !

“Si dédaignez mes vœux, m’entendre est un devoir,

Ne me laissez mourir d’un muet désespoir;

Ne crains votre mépris, votre dédain suprême,

Mieux que le jour, la nuit, sachez le je vous aime,

Et malgré votre orgueil, — oui votre orgueil extrême,

Je vous aime, — lisez de mon cœur le poème.

“Je vous aime en dépit de moi, — de ma raison.

D’un amour qui jamais n'eut un tel horizon,

Mais je vous laisse ici dans votre orgueil sauvage,

Oh triste et désolée au loin s'étend la plage,

Je vous laisse ici seule à rêver l’avantage D'avoir, mais sans amour, époux de haut parage ! ”

.Sur sa lèvre moqueuse oh s’éjouit l’orgueil N’a-t-elle donc un mot, n’a-t-elle émoi dans l’œil Pour ne le retenir, lorsque sans l’espérance Pour la laisser seulette il s’éloigne en silence ? . .

— “Oh !” dit-elle, “mon cœur vers ton cœur il s'élance,

Et moi je t’aime aussi, mon amour te distance . . .

“ Mais, était-ce, dis moi, mon rôle de parler?

Mieux eut valu mourir que de me dévoiler:

Tout à l’heure en fixant cette mer vaporeuse,

De moi peu se soucie, il me croit dédaigneuse ! l’ensai-je dans mou cœur; — “je puis être orgueilleuse,

Si par toi suis aimée . . . Oh! que je suis heureuse!”

Page 1