‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 89 sur 396 · DENNIS (J · texte numérisé non relu

DENNIS (J

Les Changements du Temps.

Combien paraît froide et terne la vie Je foule seul ses vieux sentiers battus ;

Mais les voix qui jadis à mon âme ravie Chantaient — hélas ! hélas ! elles ne chantent plus !

Planant sur moi j’entends le chant du merle,

Au loin j’entends le doux citant du berger ;

Le gai ruisseau bondit roulant perle sur perle,

Et les jeunes moineaux cherchent à voltiger.

L’orme revêt une jeune verdure,

L’orme si vieux que tant j'aimais jadis ,

La violette encore embaume la nature.

C’est comme en mon printemps, rien n'est changé depuis.

Mais les amis de ma verte jeunesse,

Ma bien aimée . . . hélas ! ils ne sont plus !

Oh ! que la vie est terne, et noire de tristesse,

Alors qu’on foule seul ses vieux sentiers battus !

Pensée» d’Eté.

C’est doux, bien doux de vivre â Pair libre de Dieu,

Sans être ému par le bruit de la ville,

Et par monts et par vaux, par la plaine fertile ;

D’errer parmi les bois ou sous un ciel de feu.

Ou bien de s’arrêter sous un toit de verdure Auprès d’un gai ruisseau qui gentiment murmure.

C'est doux d'entendre encor la brise de l'été,

Et de bercer ses pensers sous les arbres Cathédrales du Temps, et plus beaux que les marbres Que l’on voit figurer dans la grande cité.

C’est doux d’y câliner de fraîches espérances,

Et près de soi d’asseoir nu monde d’existences.

C’est doux, bien doux de voir sur le bord du ruisseau Timidement se montrer les fleurettes Cachant avec pudeur leurs formes joliettes,

Semblant craindre parfois de les trahir dans l’eau.

Un noble orgueil pourtant vous siérait, mes fleurettes. Vos parfums sont l’encens des amants, des poètes!

Page 1