‹ Le fondateur de la PrésentationChapitre 4 sur 4 · SEUL VUS · texte numérisé non relu

SEUL VUS

À lu baie de Quinté, M. Picquet visita avec intérêt l'emplacement de l’ancienne mission que MM. de Fénelon et Trouvé y avaient établie! % L'endroit, dit-il, est charmant, mais le … terrain n'est pas bon.”

jour conles revût ul, et les On se rendit ensuite à une Île voisine, où M, Picquet recut la visite de l': nier d

sine, M. I eçut la visite de l’aumônier du ents® De L fort Frontenac, du commis du magasin et de plusieurs autres personnes de la garnison. “Mes chasseurs, dit-il, m'avaient procuré le moyen de leur donner un excellent régal. Nous bûmes, de tout cœur, à la santé des autorités civiles et ecclésiastiques, au bruit de notre Fee mousqueterie, qui réussit parfaitement et réjouit beaucoup les insulaires.” I] y avait, en rgien de co effet, un “ertain nombre de sauvages qui habitaient cette île; M. Picquet leur donna un festin, les instruisit des vérités de la foi, et finit par les décider À se retirer À la Présentation. FE Nos excursionnistes cotoyèrent durant huit jours la rive nord du lac Ontario et

N 1] "dre YA à n H \ 2 * r # L £ e , A action arrivèrent le 26 juin à un fort nouvellement construit, auquel on avait donné le nom du

ministre de la marine du temps, M. Rouillé, C'est à cet endroit que s'étend aujourd'hui la no Pontilive . florissante ville de Toronto.

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ta aonleo Le fort Rouillé avait été construit en 1749 par M. de Portneuf, pour y attirer les sau-

sbyteris, D. vages du nord et les dissuader d'aller À Oswégo, où les Anglais les captaient par Pappât de pos . magnifiques marchandises, qu'ils leur donnaient en échange de leurs pelleteries. Aussi iate salutis : + / : , ‘114 : : , CE Na rds avalt-on approvisionné avec soin le fort Rouillé: Le vin, dit M. Picquet, est ici de la meile La Chau- leure qualité ; il ne manque rien dans ee fort; tout y est abondant, beau et bon.”

Une tribu de Mississagues vint le supplier d'avoir pitié d'eux et de leur témoigner les diflérentes A , 3e . ‘ + . FT : ’ mêmes bontés qu'il avait pour les Troquois, à qui il procurait des missionnaires, ‘Au lieu

Ay bapt's ! Lettre à MM. de la Jonquière et Bigot, S fév. 1752, citée par M. Parkman dans Montcalm and Woife, t. 11,

is de V'au- p. 417. > ur Charles 4 * Journal qui peut servir de mémoire et de relation üu voyage que j'ai fait sur le lac Ontario pour attirer au de mon dt LA nouvel établissement de la Présentation les sauvages iroquois des Cinq-Nations.

* Voir Vie de M de Laval, par l'abbé Auguste Gosselin, t, 1, p, 542.

SL

PS

de nous bâtir une église, disaient-ils, on n'a placé auprès de nous qu'un cabaret d’eau-de-vie, —

On vous a traités suivant vos goûts, leur répondit sèchement le missionnaire ; Vous n'avez

jamais eu de zèle pour la religion; au contraire votre conduite y à toujours été opposée,

tandis que les Frognois témoignent un véritable amour pour le christianisme.” Il se sentait néanmoins porté à les inviter à se rendre à sa mission de la Présentation ; “mais comme il wavait pas d'ordres pour cela, dit Lalande, il évita une plus longue explication.”

Le 29 juin, il était À Niagara, où il fut aceueilli avec joie par le commandant du fort, l'aumônier et le commis du magasin, “ee triumvirat, dit M. Parkman, qui gouvernait les postes avancés de l'ouest, et y représentait trois principes vitaux, la guerre, la religion et le commerce.” !

C'était le jour de la Saint-Pierre, M. Picquet dit la messe; puis, après s'être reposé ne

journée, se mit en marche pour l'établissement que l'on venait de fonder au portage de la

cataracte, destiné, comme Rouillé, à empêcher les sauvages d'aller à Oswégo.

Arrivé aux chutes Niagara, par où les quatre plus grands laes du Canada se déchargent dans le lac Ontario, M. Picquet est transporté d'admiration. “Cette cascade, ditil, est aussi prodigieuse par sa hauteur, et la quantité d'eau qui y tombe, que par la diversité de ses chutes qui sont au nombre de six principales, séparées par une petite île qui en laisse trois au nord et trois au sud ; elles font entre elles une symétrie régulière et un effet étonnant

M. de Joncare se trouvait aux chutes, avec un nombre considérable de Tsonnontouans. C'était un Français marié À une sauvagesse, qui jouissait d'un grand erédit auprès des sa vases? TT n'a rien oublié de ce qui pouvait m'être de quelque secours pour le but de mon voyage, écrit M. Picquet, et il Sest conduit comme un grand serviteur de Dieu et du roi.”

Les Tsonnontouans tinrent conseil avec M, de Joneaire, Plusieurs se décidèrent à suivre immédiatement l'abbé Picquet ; d'autres, en plus grand nombre, lui promirent d'aller le rejoindre bientôt à la Présentation : # Nous n'avons rien de plus cher que nos enfants, lui dirent-ils; eh bien, en voiei douze que nons vous donnons comme otages, avec l'assurance d'accomplir avant longtemps notre promesse.”

“ Vos sauvages et les Tsonnontouans connaissant votre fermeté dass vos résolutions, lui dit à son tour M. de Joncaire, et sachant que vous avez dessein de passer par Chouaguen, n'ont prié instumment de vous engager À n'en rien faire. Ils sont informés des mauvaises dispositions des Anglais, qui vous regardent connne le plus redoutable ennemi de leur colonie, Ils sont bien disposés à se faire tailler en pièces plutôt que de souffrir qu'il vous arrive le moindre mal; maistout cela n'aboutirait À rien, et vos enfants. les sauvages, vous perdratent. Pour moi, ajouta M. de Joncaire, je vous conjure en mon particulier de n'y point passer.”

M. Picquet promit de suivre son avis; puis il se remit en marche, avec sa recrue de néophytes, pour retourner à Niagara,

Son voyage fut une véritable marche triomphale: # lartout où nous passions, dit-il, devant un campement où un wigwam, les sauvages nous saluaient par des décharges de mousqueterie, et cela arrivait si souvent que je croyais quetous les arbres le long du chemin étaient chargés de poudre, Lorsque nous arrivâmes au fort, M, de Bécancour none reçut avec grande cérémonie et salve de canon, ce qui flatta infiniment mes sauvages,” ;

Le lendemain, M. Picquet réunit pour la première fois ses Tsonnontouans dans la cha Montealm and Wolfe, t 1, p. 70. s k | Re ee

* M. Chabert de Joncaire, établi parmi les sauvages des Cinqg-N Johnson, fixé également chez les Iroquois, travaillait de son côté

ations, les attirait aux Français, tandis que pour les gagner à la cause de l'Angleterre.

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pelle du fort, leur fit faire quelques prières, leur adressa la parole, puis leur donna quelques présents. a LE

[1 faut ensuite partir définitivement pour retourner à la Présentation, où il a laissé un troupeau sans pasteur. Le G juillet, il S'embarque, suivi d’une nombreuse flottille de nos: Le 12, il arrive à l'embouchure de la rivière Genesce, et admire longtemps Îles cascades, à l'endroit où s'élève aujourd'hui la ville de Rochester. Le 14,il est À Sodus-Bay, et il exprime fortement le désir d'y voir construire un fort par les Français ; * mais, ajoute-t-il, il vaudrait encore bien mieux détruire Oswégo, et ne jamais laisser les Anglais le reconstruire,”

Le 16, il arrive en face de ce poste si redouté, IT a promis \ M. de Joncaire ct à ses sauvages de n'y pas descendre, et il tient parole ; mais il s’en approche autant que possible, afin de mieux le reconnaître. “Il est commandé, dit-il, presque de tous les côtés, et l’on peut aisément en temps de guerre en faire les approches. Deux batteries, chacune de trois canons de douze, seraient plus que suffisantes pour le réduire en cendres, Ce poste; ajoute-t-il, tous est préjudiciable, non seulement parce qu'il détruit notre commerce, mais surtout parce qu il met les Anglais en communication avee nos sauvages de loin et de proche.”

D'Oswégo, M. Picquet traversa tout droit au fort Frontenac, où il voulait arrêter de nouveau, Trois drapeaux y étaient arborés en son honneur. ‘Jamais réception, dit-il, ne fut plus solennelle, Les Nipissings et les Algonquins, qui s'en allaient en guerre avec M. de Belôtre, se mirent en haie de leur propre mouvement, et nous saluèrent par plusieurs “décharges de mousqueterie et par des cris de joie sans fin. De tous nos canots d’écorce, on répondit de la même manière, M. de Verchères et M, de La Valtrie firent en même temps tirer les canons du fort : et mes sauvages, transportés de joie de l'honneur qu'ils recevaient, faisaient eux-mêmes un feu continuel, et poussaient des cris et des acclamations qui réjouis- Saient tout le monde.”

Les commandants et les officiers, dit Lalande, vinrent recevoir notre missionnaire sur

lle rivage, Il ne fut pas plus tôt débarqué que tous les Algonquins et les Nipissings du Lace vinrent l'embrasser en lui disant qu'ils avaient appris que les Anglais l'avaient arrêté, et que si cette pouvelle s'était confirmée, il les aurait bientôt vus le débarrasser”?

Le bon missionnaire fit une nombreuse recrue de prosélytes au fort Frontenace, puis poursuivit son voyage à la mission de la Présentation, où il rentra vers le 20 juillet, et “ fut reçu, dit Lalande, avec cette affection, cette tendresse que des enfants pourraient éprouver en recouvrant un père qu'ils auraient perdu.”

Ce ne fut pas sans une grande douleur de part et d'autre que M. Picquet se décida, deux ans plus tard, en 1753, à quitter encore une fois ses enfants bien-aimés, pour un voyage en France qu'il avait résolu d'entreprendre pour le bien de la colonie! Il voulait rendre compte à la Cour de ses travaux, solliciter des secours pour son établissement et amener avec lui quelques missionnaires.

Avant de partir, il réunit les sauvages de la mission, et leur proposa de lui donner pour compagnons de voyage trois des plus considérables d’entre eux. Son but était d’en faire,

? Il partit dans le mois de juillet, et fut remplacé durant quelques mois par M. Besson ; puis, à l'automne, M. Dépéret, curé de Sainte-Anne du Bout-de-l'Ile, fut envoyé comme missionnaire à la Présentation à la place de M.

Picquet: son premier acte est du 7 octobre. On ne retrouve la signature de M. Picquet que le 13 juin 1755, (Registre de la lrésentation.)

pour ainsi dire, des otages, de manière à assurer la paix, durant son absence, à la Présentation, par la crainte qu'auraient les sauvages de ne pas voir revenir leurs compatriotes, s'ils se rendaient coupables de quelques désordres, Il voulait aussi, par la vue de ces sauvages intéresser les Francais à l'œuvre de leur civilisation, Il voulait surtout attacher de plus en plus les Froquois à la cause de la France, persuadé qu'ils seraient enchantés de Paceucil qui serait fuit li-bas à leurs compatriotes,

On lui accorda volontiers les trois sauvages qu'il demandait, et il s'embarqua avec eux et bon nombre d'autres passagers sur l'A lgonquin, un vaisseau construit à Québec même.

Les sauvages du Canada firent sensation À Paris. M. Picquet sollicita et obtint pour eux une audience à la Cour, “Is furent reçus, dit Lalande, avec tant d'agrément et de bienveillance, qu'ils ne cessaient de répéter: # Il serait À souhaiter que nos Nations con. nussent aussi bien que nous le caractère et la bonté des Français: elles n'auraient bientôt qu'un même cœur et des intérêts communs avec la France.”

Durant son séjour À Paris, M. Picquet rendit plus d'un service au Canada. A hi sollicitation du ministre de la marine, M. Rouillé, il écrivit quelques mémoires, dans lesquels il proposait des INOYCNS de conserver à la France cette colonie. ceux de M.

Ces memoires corroboraient de la Galissonière, ce protecteur et cet ami qu'il eut tant de plaisir à retrouver en France,

“I fit aussi, dit Lalande, ses observations sur les hostilités que certains esprits inquiets,

imprudents et brouillons occasionnaient dans le Canada.” Hélas! pouvait-il trop insister

sur ce sujet délicat? N'estil pas vrai que la désunion, les mauvaises mœurs en haut lieu, l'amour effréné du plaisir, et surtout l'agiotage, firent un grand mal à la colonie canadienne,

dans les dernières années de la domination française? Qui ne regretta, aussi, le peu de

confiance que lon montra souvent aux milices canadiennes, et l'hostilité sourde qui existait entre elles et les régiments venus directement de France ?

Comme tous les hommes de valeur, M. Picquet avait des ennemis, ou plutôt des envieux. Le principal commis Au ministère de la marine, M. de Laporte, jaloux de l'impression qu'il faisait à la Cour et à la ville, “lui fit défense de continuer À montrer ses sauvages, et le

réduisit même, dit Lalande, à se justifier de l'avoir fuit.” Le bon missionnaire se consola de

ces petites misères par les encouragements qu'il recut À maintes reprises du ministre et du roi lui-même, Ses travaux au Canada étuient appréciés, et on lengageait à leur donner encore plus d'essor, Lorsqu'il prit congé de Sa Majesté, Elle lui fit une gratification de

Mais sait-on ce qui fit le plus de plaisir à Fabbé Picquet? Ce fut le présent que lui fit Louis XV, d'une bibliothèque, d'un grand nombre de livres qu'il lui donna pour

mille écus.?

charmer ses loisirs au Canada : don vraiment royal, et qui faisait le plus grand honneur à

celui à qui il était conféré, puisqu'on le supposait capable de l'appréeier, M. Picquet aimait, en effet, et appréciait les livres ; il savait qu'on ne peut avoir de meilleurs amis, et que delectant domi, non impediunt foris, pernoctant nobiscumn, peregrinantur, rusticantur.’

M. Picquet quitta la france avec ses trois sauvages à la fin d'avril 1754, et revint an Canada, emmenant avec lui neuf jeunes confrères, dont deux, MM. Magon de Terlaie et Delagarde, lui furent donnés comme assistants pour sa mission de la Présentation.

! Rapport sur les Archives du Canada, 1887, p. crLxur.

ie Louis XV lui donna aussi, pour sa mission, une statue de la Vierge, en argent massif, mesurant environ deux eds de hautenr. Elle est auj ’hui d: a sacristie i Ï not aujourd’hui dans la sacristie de l'église d'Oka,

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La paix d’Aix-lu-Chapelle n'avait qu'assoupi, suivant l'expression de M, de la Galissonière, la jalousie des Anglais en Europe, mais cette jalousie éelatait dans toute sa force en Amérique.! Une compagnie s'était formée dans la Virginie pour prendre possession des terres de la vallée de POhio, M. Picquet croyait si peu au maintien, où plutôt à l'existence même d’une paix sérieuse entre la Nouvelle-Angleterre et le Canada, qu'il proposait dès 1752 au gouverneur la formation d’un parti de guerre composé de 3,800 sauvages, pour aller chasser les Anglais de la vallée de l'Ohio, et combattre les sauvages qui leur étaient alliés, À savoir les Miamis et les Cherokees.?

On ne donna pas suite à son projet, sans doute par un respect excessif des traités, Mais l'apôtre des Iroquois continua avec plus de zèle que jamais à entretenir ce peuple dans l'amitié de la France, à augmenter et à fortifier sa mission de la Présentation ; et lorsqu'en 1754, les hostilités éclatèrent entre les Anglais et les Français, dans la vallée de l'Ohio, avant même que la guerre de Sept ans ne fût déclarée en Europe, ses sauvages ne furent pus les derniers à se rendre sur le théâtre des événements et contribuèrent beaucoup à la brillante victoire de M. de Viliers au fort Nécessité. Le vainqueur rentra en triomphe au fort Duquesne, qui venait d'être construit, ‘Aucun pavillon anglais, dit M, Parkman, ne flottait plus désor- Mais au delà des Alléghanys.” *

Mais voilà que le 8 juin 1755, l'amiral Boscawen, avec une escadre de quatorze vaisseaux de guerre, rencontre sur les banes de Terrencuve deux navires français, et s’en empare, sans combat, au mépris du droit des nations. Presque en même temps, des corsaires anglais enlèvent plus de trois cents bâtiments de commerce qui naviguent sur la foi des traités. En

kmême temps aussi, le 10 juin, l’armée du général Braddock se met en marche pour franchir les Alléghanys. Le signal de la guerre est donné partout ; et Louis XV se décide à envoyer . des troupes au Canada.

Braddock s'avance sur le fort Duquesne, qui s'élève à l'endroit où la rivière Alléghany

et la Monongahéla se joignent pour former l'Ohio. Mais M. de Contrecœur est 14, avec ses

intrépides lieutenants de Beaujeu, Dumas et Ligneris.

On connaît les incidents de la fameuse victoire de la Monongahéla, à laquelle M. de

- Beaujeu a attaché son nom. Cette victoire fut due en grande partie au concours des sau-

ages ;! et il est certain que la plupart de ces sauvages étaient 1à à la demande, et pour ainsi dire sous les ordres de Pabbé Piequet. M. Duquesne lui avait recommandé d'envoyer le plus qu'il lui serait possible de détachements sauvages À l'encontre du général Braddock, et le missionnaire avait mis un zèle incroyable À obéir aux volontés du gouverneur. “Cet événement (la défaite de Braddock), on le dut principalement, dit Lalande, aux soins que se donna M. Piequet pour l'exécution des ordres de M. Duquesne dans cette expédition, L'assurance qu'il donna à ses sauvages qu'ils vaineraient l'ennemi, échauffa tellement leur imagivation, qu'ils croyaient dans le combat voir le missionnaire à leur tête les encourager et leur promettre la victoire, quoiqu'il fût éloigné d'eux de près de cent cinquante lieues. C'était là, ajoute Lalande, une de leurs superstitions dont il avait bien de la peine à les faire revenir.”

On le voit, ME Picquet n’était présent que de cœur à lt Monohgahéla; mais il assista de sa personne, comme aumônier de ses sauvages, à plusieurs de nos expéditions contre les

1 Histoire du Canada, par Garneau, t, 1, p. 198. ? Montcalm and Wolfe, t. 11, p. 417.

5 Ibid, t. 1, p. 161.

# “The Indians won the victory,” dit M. Parkman. (Montcalm and Wolfe, t.1, p. 223.)

Anglais, I accompagna M. Marin qui commandait un détachement envoyé par le gonver neur vers Narasto, On brûlu le fort, dit Lalande, les établissements de Lydius, plusieurs moulins À scie, les planches, les madriers et autres bois de construction, les amas de vivres,

les provisions, les troupeaux sur près de quinze lieues d'habitation, et lon fit cent quarante.

A la prise d'Oswégo par Montealm, M. Piequet était 1, avec un détachement de 250

sauvages,

Les forts ayant été complètement rasés, il avance au milieu des ruines, et plante une grande croix sur laquelle est gravée cette inseription : Zn hoc signe vineunt; et tout près un poteau, aux armes de la France, avec cette autre inseription s Manibus date Lilia plenis, I y avait, comme je lai déjà dit, au siège du fort William-Hlenry, près de mille san vages, chrétiens et infidèles, a opartenant à quarante et une tribus différentes,

Les Froquois de la Présentation, du |:

w des Deux-Montagnes et de Canghnawaga y étaient large nent

représentés, et accompagnés par leur missionnaire, M, Picquet. abbé Mathevet, un autre

sulpicien, y était aussi, comme aumômer des Nipissines, et le P. Roubaud, comme anmônier des Abénakis. Ces trois prêtres assistaient au grand conseil des sauvages, tenu, sous lt prés sidence de Montealm, près du camp de Rigaud, sur les bords du lac George, lt veille du | siège, On y voyait aussi les officiers canadiens, auxquels Montealm avait confié le commande ment des sauvages: le brave et hardi Saint-Luc de La Corne; Fintrépide Marin ; Charles Langlade, qui avait quitté sa femme sauvagesse à Michillimakinae pour se joindre à «es compagnons d'armes; Niverville, Langis, La Plante, Hertel, Longueuil, Herbin, Lorimier Sabrevois, Fleurimont, tous familiers, depuis leur enfance, avec les bois et les sanivages,

Après le conseil, les prêtres passèrent le reste de la journée À entendre les confessions

] des sauvages chrétiens, Les sauvages payens suspendirent À un poteau un vieil habit et une

hi paire de jambières comme tribut au manitou.

Cela embarrassa, paraît-il, les trois prêtres qui voulaient dire la messe,

Is ne savaient pas S'ils devaient célébrer en présence de ce sacrifice fait au démon, et communiquèrent leur doute à Montcalm: # Mieux vaut dire la messe (le la sorte que de ne pas la dire du tout,” répondit le casuiste militaire,

Saint-Luc de La Corne, dont je viens de mentionner le nom, avait un talent tout partieulier pour commander les sauvages,

Au siège du fort William-Hlenry, on l'appelait le général des sauvages,

I était en 1759 À la Présentation. pendant que les Anglais S'avançaient à la fois de l'est, du sud et de l'ouest vers le centre de la colonie, l'enserrant dans un TÉSCAU ITONtricable, IT fut chargé d'aller à la rencontre de Haldimand, qui tentait de relever Oswézo,

et de Prideaux, qui voulait attaquer Niagara; et il mareha à la tête d'un détachement de mille

hommes, Français, Canadiens et sauvages, L'abbé Picquet était de la partie,

La petite armée fait bientôt son apparition au milieu des souches, des buissons, des troncs d'arbres renversés qui entourent le camp d'Oswégo,

I. Picquet commande alors à ces braves soldats de se mettre À genoux, leur donne solennellement |

PR a CE

| à bénédiction, puis, leur || adressant chaleureusement la parole, leur recommande de ne pas faire quartier aux ennemis h || de la patrie,

E | Haldimand est pris par surpris 5 4 ! f est pris par surprise. Bon nombre de ses soldats sont dispersés dans la forêt, : TE < jll. occupés à couper du bois pour relever le fort,

Ceux de La Corne en profitent, et font feu de

il toutes parts; la partie menace d'être rude pour les Anglais,

‘ Au Malheureusement, quelques Canadiens, je ne sais À quelle occasion, |

rennent Palarme, et courent à leurs bateaux, renver- me. sant à terre M, Picquet sur leur passage, effarés, remet tout le monde À l'ordre, |

te us le détachement va se poster derrière une rangée ce. d’urbres, et l'on fait feu de nouveau sur l'ennemi

> . 4 M Picquet se relève, plaisante ces hommes 0

& ONverplusieurs le vivres,

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Le combat dure deux heures avec un acharnement incroyable, Les Français le reprennent le lendemain matin, bien décidés à ne pas reculer, Mais Haldimand voyant qu'il ne peut venir à bout de leur courage, fait apporter ses canons et les charge À mitraille, Les soldats de La Corne se sauvent alors vers leurs embarcations et disparaissent, après avoir perdu trente tués et blessés, y compris deux officiers et La Corne lui-même, qui a reçu une blessure dans la cuisse,

Ce fait d'armes, auquel abbé Picquet prit une part si active, fut un des derniers rayons de la gloire militaire française en Amérique,

Le sort de la Nouvelle-France est À jamais scellé ; toute FAmérique du Nord est muintenant aux Anglais Les courses apostoliques de nos missionnaires, les explorations de nos hurdis découvreurs, les travaux de nos hommes d'Etat et de nos guerriers, tout cela est À jamais perdu pour la France, et le vieil adage Sie vos non vobis est une fois de plus vérifié, Québec a capitulé. De Montréal, M. de Vaudreuil négocie encore avec les sauvages par le moyen de l'abbé Piequet ; mais le général Amherst, avec son armée d'Oswégo, ne tarde pas à s'emparer de tout le Canada.

M. Piequet tient bon à la Présentation jusqu'à la fin ; le dernier acte signé par lai dans le Registre de Ta mission est du 10 mai 1760, Mais enfin il faut partir, car il ne peut se résoudre à prêter serment de fidélité à une puissance ennemie de son pays?

“ne se décida à partir, dit Lalande, que de l'avis et du consentement du général, de l'évêque et de l'intendant, et lorsqu'il vit que tout était désespéré, afin de ne pas tomber entre les mains des Anglais.”

Le général Amherst S'inforne de lui, et apprenant qu'il est parti: “J'en suis fâché, dit-il; cet abbé m'aurait pas été moins fidèle au roi d'Angleterre, Si lui avait une fois prêté serment de fidélité, qu'il ne Pa été au roi de France; nous lui aurions donné tonte notre

confiance, et nous aurions gagné la sienne,”

Tous les Anglais ne pensaient pas comme le général Amherst ; un grand nombre avaient

mis à prix la tête de M. Picquet, On raconte que les sauvages se saisirent un jour d'un officier anglais qui était dans ces dispositions, et Fammenant À M. Picquet, ils se mirent à danser autour de lui avec leurs casse-têtes, attendant de leur vénéré missionnaire le signal de

la décapitation. Celui-ci ne leur répondit qu'en faisant grâce à son ennemi,

On sait que M. de Lévis ne se soumit qu'à contrecæur à la capitulation de Montréal par

M. de Vaudreuil ; il protesta surtout contre la clause qui obligeait les soldats français à mettre

bas les armes et à ne plus servir durant la présente guerre, TT offrait à M. de Vaudreuil

de se retirer avec ses troupes sur île Sainte-Hélène ; il avait même l'espérance, si la France

ne pouvait rester maîtresse du Canada, qu’on pourrait engager un grand nombre de Cana- Î Si S

diens de remonter par les lacs jusqu'aux Minois, et d'aller se fixer À la Louisiane. Il se

soumit cependant à la volonté de M, de Vaudreuil, et accepta les conditions qui furent impo-

secs aux autres,

1 Lettres édifiantes, p. 47.

? M. Délagarde resta quelques semaines de plus à la Présentition. Le dernier acte du Registre est signé par lui: il est du 23 juillet 1760,

# M# de Pontbriand était alors à Montréal, où il mourut le 8 juin 1760

1 Histoire du Canada, par Ferland, t, 11, p. 605, Sec. I, 1894, 4,

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26 L'ABRÉ AUGUSTE GOSSELIN

M. Picquet n'hésita pas À exécuter, pour sa part, la résolution conçue par M. de Lévis, Au lieu de s'en retourner en France par la voie ordinaire, où il lui aurait fallu rencontrer les ennemis de sa patrie, il prit le chemin des grands laes, des Tinois et de la Louisiane,

& Il espérait, dans cette retraite, dit Lalande, emmener avec lui les grenadiers de chaque bataillon, pour sauver ainsi les drapeaux et l'honneur de leur corps ; mais il n'en fut pas le maître. Il fut obligé de se contenter de vingt-cinq Français qui l'accompagnérent jusqu'à la Louisiane. El avait avec lui deux petits détachements de sauvages, dont Fun le précédait de quelques lieues, et l'autre laccompagnait, et ils étaient relevés successivement par de

pareils détachements, À mesure qu'il trouvait différentes nations. Celle qui le quittait le

remettait À une autre nation, en le recommandant comme un père. Partout on lui faisait des réceptions admirables ; partout il trouvait les sauvages dans les meilleures dispositions, et recevait leurs protestations de zèle et d'attachement inviolaple envers le roi.”

Il y a quelque chose de vraiment grand dans cette retraite quasi triomphale d'un vaine, par un chemin dont la longueur et la difficulté effraient notre imagination, avee des démons trations admirables de sympathie de la part de ces pauvres sauvages qui devaient au bon mis sionnaire ce qu'ils avaient de meilleur, la foi et la civilisation,

M. Picquet demeura vingt-deux mois À la Nouvelle-Orléans, où il Semploya à pacifier les esprits, et À ramener la concorde qui avait été gravement compromise par certaines dif cultés survenues entre le gouverneur et les habitants,

De retour en France, M. Picquet y reçut toutes les marques de respect et de considéra tion auxquelles lui donnaient droit les immenses services qu'il avait rendus à l'église et À son

pays. Les gouverneurs, les généraux, les officiers qui l'avaient connu au Canada ne cessent

de louer ses vertus, ses travaux et son mérite, M, Duquesne rendait hommage À son grand

“Il s'est rendu, disaitil, d'autant plus digne de notre reconnaissance qu'il à mieux aimer retourner au Canada et continuer ses services que de vivre dans <

désintéressement :

patrie et recueillir Phéritage de ses parents, qui Font déshérité, comme nous l'avons appris

pour m'avoir pas voulu rester en France, lv a dix ans, lorsqu'il y vint accompagné de trois sauvages,” !

M. de Vaudreuil se plaisait à vanter ses talents pour gagner l'esprit des sauvages, ses ressources dans les moments critiques, et son activité pour tout ce qui pouvait promouvoit les intérêts de l'Etat et de la religion. M, de Bougainville disait que son crédit auprès des nations sauvages avait 6t6 de la plus grande utilité pour les affaires militaires et politiques du Canada. M, de Lévis, qui avait toujours admiré ses travaux, son zdle. son désintéres

sement, ne cessait d’'exciter son ambition et

le l'engager À faire quelques démarches pour arriver à une haute position, à lépiscopat, par exemple, dont il le savait éminemment digne. Jamais il n'y voulut consentir, CC

‘grand homme qui, comme nous venons de lapprendre de M. Duquesne, avait préféré perdre ses héritages de famille

plutôt que de renoncer Pour parer ses dépense s de voyage, lors de

livres que le roi lui avait donnés en 1754, qui avait toujours sacrifié en faveur de ses missions los petits honor

aires qu'il recevait, n'ignorait pas qu'on à toujours plus de vrai bonheur À faire le bien dans des positions humbles et modestes qu sur les grands théâtres, En arrivant

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à ses œuvres en Amérique, qui avait été obligé, son retour en France, de vendre les

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vêque de Paris, qui l'employa au saint ministère dans plusieurs endroits de son diocèse, Il demeura assez longtemps au mont Valérien,

L'Assemblée générale du clergé de France, en 1765, lui offrit une gratification de 1,200 livres, en reconnaissance des services qu'il avait rendus au Canada: celle de 1770 en fit autant. Il accepta avec reconnaissance, remerciant du fond du cœur la divine providence de lui procurer ainsi le moyen de réaliser un vœu qu'il avait formé depuis longtemps.

Tout jeune, il avait désiré d'aller à Rome ; mais les circonstances l’en avaient empêché, En 1777, il entreprit le voyage. La renommée de ses vertus, de ses travaux et de son mérite l'avait précédé dans la Ville Eternelle, IT fut reçu par le souverain pontife avec une bienveillance toute spéciale, comme un missionnaire qui avait rendu de grands services à l'église et À son pays. Le Kaint-Père, qui gouvernait alors l’église, était l'illustre Pie VI, de la grande famille des Braschi, cet homme de cœur et de génie dont les infortunes ont immortalisé la mémoire, Il ne se contenta pas de vaines paroles de louanges, de félicitations, d'encouragement à l'adresse de M, Picquet : ilinsista pour lui faire accepter une gratification de 5,000 livres, sous prétexte de lui défrayer ses dépenses de voyage.

On fit des efforts inutiles pour retenir à Rome M. Piequet; il revint en Bresse, son pays natal, et y apporta des reliques, qu'il exposa À la vénération des fidèles dans l'église collégiale de Bourg, dont il avait été fait chanoine honoraire.

Quelque temps après, il se rendit à Cluny, pour y visiter un neveu qu'il estimait beaucoup. Le désir de voir la grande abbaye qui a illustré cet endroit excitait aussi sa curiosité,

Il alla ensuite chez sa sœur à Verjon, où il avait à régler quelques affaires : et c’est là qu'il fut attaqué successivement d’un rhume opiniâtre, d’une hémorragie et d’une espèce d'hydropisie qui le conduisirent en peu de temps aux portes du tombeau. Il mourut le 15 juillet 1781 dans la soixante-douzième année de son âge.

“ M, Picquet était d'une taille avantageuse et imposante, écrit Lalande, son ami, qui l'avait si bien connu: il avait une physionomie ouverte et engageante ; il était d’une humeur gaie, Malgré l'austérité de ses mœurs, il ne respirait que la gaieté ; il faisait des conversions au son des instruments ; il était théologien, orateur, poète ; il chantait et composait des cantiques, soit en français, soit en iroquois, avec lesquels il récréait et intéressait les sauvages, Il était enfant avec les uns, héros avec les autres, Son industrie même en mécanique le faisait quelquefois admirer des sauvages. Enfin, il savait employer tous les moyens propres à attirer des prosélytes, et À se les attacher : aussi, eut-il tout le succès qu'on pouvait attendre de son industrie, de ses talents et de son zèle,”

“ Une physionomie ouverte et engageante,” voilà bien, en effet, ce que lon remarque dans le portrait de M, Piequet, suspendn dans une des salles de ln maison des messieurs de Saint-Sulpice, au lac des Deux-Montagnes. Mais ce qui frappe le plus, cependant, dans ces veux vifs et pétillants, dans ces Tèvres un peu dédaigneuses, dans tous ces traits, en général, c'est la détermination : M. Picquet était vraiment un homme décidé, Il tend la main vers

: à : Ne in EL un objet, sa mission de Souékatsi, sans doute, et semble nous dire : # Voilà ce que j'ai réussi

à faire, malgré les contradictions presque générales des habitants de cette colonie.

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