‹ Le fondateur de la PrésentationChapitre 3 sur 4 · ON ES ET · texte numérisé non relu

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geurs, après la visite faite par un ingénieur, ou le roi pourrait retenir la somme dont nous venons de parler, et donnerait plus ou moins à l'entrepreneur pour chaque rapide suivant

qu'ils seraient plus ou moins difficiles À raccommoder ; et Fentrepreneur se fournirait de tout,

excepté les outils et la poudre nécessaire,

“Il ne serait pas difficile de trouver des gens capables d’une telle entreprise, dont l’objet me paraitraît d’une très grande conséquerce pour le pays. Je ne fais que toucher, en pas- Sant, cette matière ; les bornes que je doi, me prescrire dans cette lettre ne me permettent pas d’en faire un mémoire,

“J'ai aussi examiné, tant ce printemps que l’automne dernier, la nature des terres, qui me paraissent les plus belles du Canada; et je pense que dans la suite, si on les cultive, bien-

tôt elles seront les greniers de la colonie!

Il y à des bois de chêne en quantité, et des arbres d'une grosseur et d’une hauteur prodigieuses. Je eroirais que dans Îles titres de concession il serait nécessaire pour les conserver, que le roi se réservât non seulement les chênes, mais qu'il défendit à tout propriétaire d'en couper aucnn sans permission.* Dans les arpents de terre que j'ai fait défricher, jy ai réservé déjà des chênes suffisamment pour bâtir une barque sur le bord du bassin, Je les fais tous conserver, dans la pensée que l’on donnerait peut-être bien de l'argent dans la suite pour les avoir,

Parrivai donc le 30 mai, avec un charpentier et un maçon, les seuls qui étaient à gages, et tous les autres à l’entreprise, À soixante francs par arpent, suivant les marchés de M. le Commissaire, de sorte que j'ai eu une peine incroyable pour déterminer ces travailleurs à aider les ouvriers à ÿ bâtir. Je suis venu à bout des Canadiens ; mais les soldats m'ont toujours constamment soutenu qu'ils ne voulaient travailler qu'à abattre du bois, suivant le prix de M. le Commissaire; ce qui fait que je ne suis pas encore logé.’

“J'ai d'abord fait faire un hangar pour mettre en sûreté les effets dont je suis chargé ; et je fais actuellement construire une petite maison, qui formera un bastion, La terreur qui s'était jetée parmi mes gens n'a obligé de faire un petit fort de pieux debout, qui me revint

à 588 livres, pour les rassurer en attendant, et que j'ai payé de mon argent, pour les engager

À travailler, les voyant dans le dessein de s'en retourner.

“Je compte être encore un mois assez misérablement logé dans ma cabane d’écorces, que les sauvages des Cinq-Nations m'ont heureusement faite pendant leur séjour dans ce poste, qu'ils ont trouvé de leur goût. Les mieux intentionnés pour y venir demeurer m'ont dit qu'ils allaient mettre ordre à leurs petites affaires chez eux, c’est-k-dire, cultiver leur blé d'Inde, le recueillir, vendre une partie de ce qu'ils ne pourront pas apporter, et qu'ils se rendront, une partie l'automne, d'autres pendant le cours de l'hiver, et le plus grand nombre le printemps prochain.

!Tout le monde n'était pas d'accord là-dessus : “ Au dire de l'abbé Picquet le terroir est excellent : mais il ne nous a pas paru tel: on y voit presque autant de sapins que de bois francs” (Relation de voyage du P, de Bonnécamps })

* On faisait toujours la réserve des bois de chêne dans les anciennes concessions de seigneuries : “ Ledit sieur conservera les bois de chênes qui se trouvent sur la terre qu'il se sera réservée pour faire son principal manoir ; même il fera la réserve desdits chênes dans l'étendue des concessions particulières faites ou à faire à ses tenanciers....” (Pièces et Documents relatifs à la Tenure scigneuriale,)

* Voici ce que le P. de Bonnécamps écrivait, à la date du 25 juin: “ Nous allâmes débarquer chez l'abbé Picquet.... Nous le trouvâmes logé sous des écorces au milieu d’un abatis de près de 40 arpents. Le fort qu’il fait construire est un carré de 70 pieds sur chaque face. Ilest placé à l'embouchure d'une rivière qu'il a nommée

de la Présentation et à la base d’une petite pointe basse et marécagouse....” (Relation de voyage du P. de Bonnécamps.)

“ Je leur ai répondu à ce sujet qu'ils n’ignoraient pas qu’il fallait, pour être bons chrétiens, 1° qu'ils renonçassent À l’ivrognerie, et qu'ils s’éprouvassent là-dessus avant que de venir demeurer dans ce nouveau village, où du moins qu’ils prissent la résolution non seulement de n’y point apporter de boisson enivrante, mais encore de ne pas souffrir qu’on en apportât jamais, que cela les intéressait infiniment et leurs femmes et leurs enfants ; 2° que les chrétiens doivent vivre avec leurs femmes légitimes jusqu’à la mort de l’un d’eux ; qu'ils devaient pour le présent réfléchir sur ces deux articles avant que de se ranger dans ce nouvel établissement ; que j'avais résolu de ne recevoir que ceux'qui seraient dans ces sentiments. [ls me répondirent fort raisonnablement là-dessus, et quelques-uns en particulier me vinrent trouver pendant la nuit, peut-être propter metum Judæorum,' et m’assurèrent qu'ils avaient déjà réfléchi sur ces articles; qu'ils voulaient absolument, quoi qu'il leur en dût coûter, être au nombre de mes enfants.

“J'ai toujours pensé que cette mission sera une des plus nombreuses du pays. Mais ce ne sera qu'avec le temps, un peu de patience, une grande fermeté, assaisonnée d’une douceur extrême, des ménagements infinis pour rendre les sauvages capables de s'attacher À la religion, et d’être utiles à la colonie, ce que nous avons lieu d'espérer, avec l’aide du Seigneur.

# C’est à vous, monsieur, que la religion et le pays auront éternellement cette obligation.

“J'ai fait retourner au lac des Deux-Montagnes huit à neuf apostats qui m’étaient venus trouver, et j'en ai aussi renvoyé onze au Sault-Saint-Louis. Deux de mes prosélytes ont pris parti avec M. de Céloron, avec promesse de ne Île point abandonner d’un seul pis. Une bande de guerriers du Sault-Saint-Louis, qui vont aux Cherokees, m'ont enlevé les jeunes femmes de ces deux sauvages, et il ne me reste que la vieille, qui a près de cent ans, et son petit-fils, Âgé d'environ dix ans, que j’instruis.

“J'espère, cette automne, avoir l'honneur de vous détailler toutes ces choses un peu plus au long, si vous jugez à propos que je descende ; et j'aurai soin, chaque année, de vous faire le détail des progrès de ce rouvel établissement.

“Il me reste à avoir l'honneur, monsieur, de vous donner maintenant une idée de la situation du lieu où je me suis placé et des avantages que la religion et la colonie en peuvent un jour retirer, si l’on y fait un établissement solide,

“ La rivière de la Présentation est à la côte du sud, à une lieue et demie plus bas que l'ancien établissement de La Galette, qui était à la côte du nord, et au-dessus de tous les rapides ; son ‘embouchure forme un bassin admirable qui pourrait contenir quarante et cinquante barques aisément ; il peut avoir trente-six À trente-sept arpents de circonférence. L'on y trouve presque partout trois brasses, souvent trois brasses et demie et quatre brasses d'eau ; le moins, c'est deux brasses et demie, [Test situé de façon qu'il n’est presque point de vent qui puisse en empêcher l'entrée ; la rivière coule presque toujours au nord-est quart de nord,

“Je me suis placé sur le côté ouest du bassin, vis-A-vis le milieu, et les bateaux chargés

viennent jusqu'à terre, Ce côté est fort bas, un pays uni, et la pointe s'avance fort agréablement dans le large."

1 Jean, vit, 18, * M. Parkman dit: “ Picquet had chosen his site with great skill.” (Montcalm and Wolfe, t. 1, p. 56.) * Fondé vers 1682, à l'endroit où est aujourd'hui Prescott,

‘ L'auteur des Mémoires sur les Affaires du Canada maltraite fort l'abbé Picquet, et ridiculise l'établissement du

fort de la Présentation : “L'endroit, dit-il, qu'il choisit pour son établissement annonçait son peu de génie, et fit nommer par dérision le fort qui y fut bâti : la folie Picque

t”’; ce qui ne l'empêche i ifique plan du fort de la Présentation, ie, NE e

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ns chré- ; AUUES “ La traversée n’a guère qu’un quart de lieue au plus, et tous les canots qui montent et que de : ù

J | descendent ne sauraient passer ailleurs.

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je “ La vue en est extrêmement étendue, et elle n’est point bornée du côté d’en haut. Un u’on en

fort sur cette pointe serait imprenable, À cause qu’il serait impossible d’en faire les approches, à que

V et que rien ne le commanderait. J'ai déjà fait nettoyer tous ces endroits, ce qui rend cet d'eux ; :

i établissement des plus agréables.

“ Le côté de l’est est plus élevé, et va, par une pente douce, en amphithéâtre. On y pour-

ait dans la suite bâtir avantageusement une belle ville! Maïs sa pointe ne s’avance pas si

dans ce 2s sentilier me loin dans le large de la rivière, et la vue en est bien moins étendue, et fort agréable en même

b'qu'ils temps. M. de Léry m’a promis en passant qu’il vous enverrait un plan de tout cela.

en dû “Je ne sais pas encore à quel degré de latitude Je me trouve; les astronomes* qui ont passé ici avec M. de Sabrevois et M. de Céloron avaient laissé leurs instruments à leur canot,

Mais ce de l’autre côté de la rivière ; mais ils m'ont promis qu’à leur retour ils me donneraient cette

louceur satisfaction." eligion, & Ta rivière de la Présentation est également belle et navigable jusqu’à sa naissance, qu’elle prend à la hauteur des terres dans un lae qui est fort beau, et que les Sauvages gation. appellent Massaouapi. Ce lac touche presque aux Agniers, et à Corlar, et aux habitations étaient j voisines des Anglais.

sély tes “ Une autre rivière assez jolie tombe dedans, un peu plus bas que ce lac, et vient du ul pas, » côté des villages des Cinq-Nations. M. de Beaudicourt, qui a été, suivant son estime et L. jeunes : celle de ses gens, jusqu’à trente lieues dans cette rivière avee un canot de six places, vous n° et son rendra compte lui-même de ses découvertes, “ Ce qui vient naturellement À la pensée est que les Anglais et les Troquois des Cinq- lg eu plus Nations peuvent également descendre sur nous, en temps de guerre, par cette rivière, dont 8 faire ! les Anglais néanmoins n’ont aucune véritable connaissance ; et si par malheur pour nous ils avaient pris possession de cette rivière plutôt que de celle de Chouaguen,' ils nous auraient de la entièrement bouché le passage de la rivière du fort Frontenac, et ils auraient pu secourir u vent leur fort bien plus aisément que celui de Chouaguen, Je n’en dis pas davantage, quoique je pense que M. de Beaudicourt vous remettra lui-même ma lettre; et vous, de pénétrer s que aisément, monsieur, tout le reste.

us les # Voici maintenant quelques avantages que je croirais que la religion et le pays pourront t cin- retirer de mon nouvel établissement :

"en ce, ë “ Premièrement, je suis à trente-cinq lieues de Montréal, vingt-cinq du fort Frontenue, rasses ne et près de trente-trois de Chouaguen, distance suffisante pour éloigner les sauvages des point désordres que la proximité des forts et des villes cause ordinairement parmi eux ; quart ‘“ Deuxièmement, les missionnaires seront à portée de recevoir les infidèles qui voudront : se convertir, tant par le lac Ontario, que par les rivières de M. le comte, celle du fort Fronargés À a = : cn 22 able- ! En effet, c’est à cet endroit que s'élève aujourd’hui la belle et florissante ville d'Ogdei sburg. (‘11 y a quelques années, dit M. Tassé, on a réussi, en démolissant les murailles, à trouver la pierre angulaire des bâtisses du fort. Elle portait l'inscription suivante: Zn nomine + Dei Omnipotentis Huic habitationi initia dedit Frans. Picquet, 1749, (Revue canadienne, t, vx.) ? 11 ne nomme pas le P. de Bonnécamps; mais c’est lui qui, en sa qualité de professeur d'hydrographie au collège de Québec, accompagnait M. de Blainville dans son expédition. sé du # “ Le fort de la Pré-entation, dit Lalande, est situé à 302° 40/ de longitude, et à 44° 50/ de latitude.” (Lettres et fit édifiantes.) agni- * Nom donné à Oswégo par les Français.

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tenac et celle de la Présentation : facilité qui pourra beaucoup contribuer à la conversion des sauvages, en soulageant leur paresse naturelle ;

& Troisièmement, l'abondance qui sera longtemps dans ce lieu, soit par la chasse où par la pêche, ne contribuera pas peu à les attirer. D'ailleurs, je veux les accoutumer à élever des vaches, des cochons et des poulets, afin qu'ils s'attachent de plus en plus à lendroit par les douceurs qu'ils y auront, ayant ici abondamment ee qui est nécessaire pour élever ces animaux : prairies, glands et folles avoines,

“ Par rapport au service du roi, il m'est venu dans la pensée :

“1 Que si M. le général et M. l'intendant réglaient que les bateaux qui portent les

effets des postes s’arrôtassent ici, la dépense du transport de ces effets deviendrait bien

moins considérable, L'on trouverait aisément des hommes pour amener iei les bateaux, et à nine fois meilleur marché, à 15 et 20 livres, au lieu de 45 et 50 livres que l'on donne actuellement, parce que 1° aucun vent ne les empêcherait de monter les rapides ni de les descendre, et qu'en huit jours au jlus ils feraient le voyage, au lieu qu'ils sont À présent quelquefois jusqu'à trois semaines; 2° les barques dont les patrons et les matelots sont entretenus

porteraient les effets dans les postes et hiverneraient aisément et sans aucun risque dans le bassin de cette rivière. L'on y pourrait encore construire non seulement les barques, mais tous les bateaux, à une fois moins de frais qu'à Montréal et à Québec, à cause de la

Û tité et de la proximité des bois qui sont propres à ces sortes de constructions, * De plus, les bateaux ne seraient pas plus tôt déchargés des effets, que l'on pourrait Jes recharger de planches et de madriers et d'autres bois nécessaires pour le bien du servit, et

qui sont communs, Je suppose que lon fera un moulin à scie sur le bord du bassin, où

é! se trouve un endroit des plus favorables, et ayant dans ces cantons des pinières inépuisables:

de sorte que les planches et les madriers ne reviendraient pas au roi à douze et quinze

[3 francs, tandis qu'il les achète souvent 60 et 80 franes et même davantage, comme dans ces dernières années,

“ 2° Je ne crois pas que nous dussions appréhender aucune incursion, ni de la part des

Anglais par Chouaguen, ni de celle des Troquois par la rivière de la Présentation, parce

qu'ils ne peuvent passer par eau que sous le canon d'un fort qui serait placé sur le bont

de la longue pointe ; et il serait aisé d'assembler ici une armée pour aller À Chouaguen ou

ailleurs où les Anglais voudraient s'établir, sans qu'ils en eussent connaissance, I serait

| encore facile de couper chemin à tous les partis sauvages qui entreraient dans la colonie,

au premier avis, en les allant attendre dans les endroits où lon sait qu'ils doivent nécessai:

remment passer.

2} #3 Le sieur de La Force, ! conducteur des bateaux du roi, s'offre À former tous les | ans cent cajeux de bois de construction ici, et de les conduire jusqu'à Québec pour le même | { prix que le roi donne aux autres entrepreneurs, | “ Enfin, un établissement solide sur le bassin de ‘a rivière de la Présentation nous | assurera non seulement la possession du lac Ontario, fera la sûreté des forts Frontenac cet | Niagara, mais occasionnera encore des voyages désormais toujours sauts de crainte dans la | rivière de Michillimakinae, et épargnera plus de 50,000 livres au roi par an, dès qu'il y aura {l des habitants en état de fournir les postes : il en coûte maintenant pour le seul transport [l plus de 33,000 livres, 1h

! “Le sieur La Force, gards des magasins du roy dans ce poste (de la Présentation)” 11 était marié à Marie- Fransoise Laguerre. (Registre de la Présentation.)

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“ Je ne suis entré dans ce détail que parce que je sais combien vous profitez avantageusement des moindres connaissances pour le bien, trop heureux si mes réflexions et mes petits travaux peuvent contribuer en quelque chose au bien de la religion et du service du roi, Ce sont là toutes mes vues et mes désirs, et les sentiments dans lesquels je veux vivre et mourir.

“ M, de Beaudicourt, dont la visite m'a été fort agréable et bien avantageuse, peut suppléer de vive voix à ce qui pourrait manquer à mes réflexions.” '

Lorsque cette lettre arriva à Québec, M. de la Galissonière, auquel elle était adressée, venait de quitter le pays. La paix d’'Aïx-la-Chapelle (1748), qui nous rendit Louisbourg et le Cap-Breton, rendit aussi la liberté à M. de la Jonquière, qui vint, dans l'automne de 1749, prendre possession de son gouvernement du Canada.

M. de la Galissonière devint un des commissaires nommés pour régler la question si importante et si épineuse des limites entre la Nouvelle-France (Acadie et Canada) et la Nouvelle-Angleterre.

L'abbé Picquet, privé désormais de ce protecteur éclairé et intelligent, n’en continua pas avee moins de courage son œuvre de la Présentation, Il reçut d’ailleurs l'appui des

“autres gouverneurs qui se succédèrent dans la colonie,

Rien ne peut arrêter son activité ? et son zèle. Ses premières constructions deviennent un jour la proie des flammes, par le fait de quelques incendiaires agniers. % Maïs bientôt la mission sort de ses cendres, dit M. Parkman, et au bout d'une année où deux on y voit un fort en palissades flanqué de bastions, une chapelle, un magasin, un hangar, une étable, des fours, une scierie, de vastes champs de blé et de légumes, et trois villages d'Iroquois, avec quarante-neuf cabanes d’écorces, pouvant loger chacune trois ou quatre familles. ... Le gouverneur du Canada envoie une escouade de soldats pour garder le fort, et cinq pièces de canon.” *

‘ On estimait, dit Lalande, les travaux de M. Picquet à 30 ou 40,000 livres : il les avait faits pour 3,485 livres, mais il y mettait autant d’intclligence que d'économie ; il animait les ouvriers, et l'on travaillait depuis trois heures du matin jusqu’à neuf heures du soir,”

Les Iroquois, et parmi eux les meilleures familles, accourent en grand nombre pour se fixer à la mission, attirés par la beauté du lieu, par la fertilité du sol, par l'abondance de la chasse et de la pêche qu'il y a dans tous les environs, attirés surtout par les bons procédés du missionnaire qui n’a qu'une chose en vue: en faire de bons chrétiens et des amis de la France,

M* de Pontbriand'! voulut, en 1752, voir de ses propres yeux les merveilles qu'on lui racontait de la mission de la Présentation, Il y rendit le 25 mai, et n’en repartit que le 30, IT était accompagné de MM. Normant et de Montgolfier, prêtres de Saint-Sulpice, et

1 Lettre inédite de M. Picquet à M. de la Galissonière, 4 août 1749. (Archives de l’archevôché de Québec, Documents de Paris, Eglise du Canada.)

? Il était, dit l’ablé Cuoq, d’une activité dévorante.” (Mémoires de la Société royale du Canada, t, xt.)

# Montcalm and Wolfe, t. 1, p. 66.

* Les sauvages avaient donné à ce bon évêque un nom qui signifie “Il nous console ” ; ce qui montre combien ils avaient su apprécier les grandes qualités de son cœur, Le nom qu’ils avaient donné à M. Picquet signifie: ‘‘ J1 porte la parole.”

Soc, L, 1894. 5,

de son secrétaire, M. Briand! Le P, Isidore Marsolet, récollet, probablement missionnaire au fort Frontenae, vint aussi les rejoindre.

L'évôque et ses assistants passèrent les cinq ou six jours de la visite à instruire les «ane

vases et à leur administrer les sacrements, Ils se tinrent à Fœuvre du matin au soir! M

de Pontbriand baptisa lui-même un bon nombre de sauvages, fit plusieurs mariages, et con

firma cent vingt personnes,

En quittant la Présentation, il laissa dans le registre la note suivante :

“ Nous avons désigné pour titulaire de l'église de la mission la Sainte-Trinité, parce que ce fut le jour de cette fête que M. Picquet dit la première messe, sous une tente, et que c'est ce jour (29 ma) que nous avons fini notre visite, et baptisé et confirmé ceux qui n'avaient pu l'être les jours précédents, Fait, arrêté le même jour 29 de may 1752 (Signé) ? IEOM, év, de Québec.”

La mission de la Présentation avait comme dépendances La Galette, Souékatsi, et le aux Galops: on compta jusqu'à trois mille Froquois dans cette petite colonie,

Afin de maintenir l'ordre parmi eux, M. Picquet y organisa un véritable gouvernement: [l établit, dit Lalande, un conseil de douze anciens ; il choïsit les plus accrédités chez les Cinqg-Nations, et les mena à Montréal, où ils prêtèrent serment de fidélité au roi, entre les mains de M, le marquis Duquesne, au grand étonnement de toute la colonie, où personne n'aurait osé espérer un pareil événement. 7?

L'abbé Picquet aimait à frapper, de temps en temps, Fimagination de ses sanvages,

grands enfants des bois, par quelque solennité un peu extraordinaire, Ayant un jour con-

verti au christianisme cent Iroquois d'Onondaga, la capitale des Cing-Nations, illes revêt de magnitiques habits, brodés d'or et d'argent, les emmène avee lui à Montréal, et les présente au gouverneur, qui les reçoit avec beaucoup de bonté et les charge de présents." De tels procédés étaient bien propres à les gagner à la France,

! Is étaient tous Bretons, excepté M, de Montgolfier.

? M, de La Périère était alors commandant du fort de la Présentation, où l'on trouve aussi, à cette date, les noms du lieutenant Le Borgne, de MM, de La Corne et La Chauvignerie, et de Charles Cottin, “chirurgien de ce poste.” (Registre de la Présentation.)

% Archives d'Oka, Registre de la Présentation,

* On conserve au lac des Deux-Montagnes un précieux souvenir de la visite de M# de Pontbriand à Ja mission de la Présentation: une bannière, en étofle de soie, faite par les Dames de la Congrégation, sous Ja direction de M. Picquet, et sur laquelle se lit l'inscription suivante :

“ Deo Optimo Maximo, ad perpetuam rei memoriam. Anno M.DC LIL, die maïi XXIX., Summo Pontilire Benedicto XIV, Rege Ludovico XV, prorege DD, de Longueil, Supremo Senatore DD, Bigot, Commissario DD. Varin, præsentibns D. Normant, Vicario generali et Superiore Seminarii Montis-lt galis, D, Briand, canonico Quebecensi, Montgolfier, Guen, Picquet, primo missionis hujus pridicatore, supradicti seminarii presbyteris, D. de La Périère, gubernatore ; auspice Deipara, ad majorem Dei gloriam, Henricus-Maria Dubreil de Pontbriand

I Episcopus Quebecensis ce ginti ex qui dinniitia.t : RES ve R VI : pisc D u due ecensis ce ntum viginti ex quinque nationibus vulyo Troquois baptisavit, chrismate salutis confirmavit; in cujus rei testimonium apposuit sigillum, deditque hoc vexillum unionis Gallos inter et Nationes solemnioribus festis in ecclesiâ exponendum. Nomine regis testis D. eques De La Corne, interpres D, de La Chauvignerie,” =

( ette inscription est entourée d'une guirlande qui représente l'alliance conclue entre la France et les différentes tribus iroquoises,

La bannière porte les armes de M# de Pontbriand.

* Dans l’acte de baptème de Lierre Ak té s l’ac £ ie de Akouentaguôté. e ute 97 av 7 (; H ‘cri ‘AY 6 ae dar P LS AGUenIagU té, en date du 27 avril 1760, M, Picquet cerit: “ Ay bapt'st erre Akouentaguôté, âgé de 47 ans, ancien chef consid s, dont M.le marquis de Vau-

si é, : | léré dans les Cing-Nation dreuil, gouverneur général du Canada, a bien voulu être le parrain; mais, en son absence, que le sieur Charles à tenn sur les fonts baptismaux

Tégasétoquent, l'un des douse Sénateurs de Sobgatsi Re es tänr : r : j x ; au nom et à la plac: de mon: sieur le marquis de Vaudreuil...” (Registre de la Présentation \ É LA

Journal of Conrad Weiser, cité par M, Parkman dans Monteatm and Wolfe, t , L

SOA Le suceès qui avait couronné en si peu de temps l’entreprise de M, Picquet à la Présen-

tation dépassait toute attente, Aussi le bon missionnaire écrivait-il en 1752 avee une satise les san

soir,” M

S, et con-

faction bien légitime: “C'est un grand miracle que malgré l'envie, les contradictions, l'opposition presque générale de tous les villages sauvages, j'aie formé en moins de trois ans une des plus florissantes missions du Canada. Je me trouve done dans l’occasion de pouvoir étendre l'empire de Jésus-Christ et du roi, mes bons maîtres, jusqu'aux extrémités de ce nouveau monde, et de plus faire, avec quelques secours que vous me procurerez, que la France

parce he et l'Angleterre ne pourraient faire avec plusieurs millions et toutes leurs troupes.”

que c'est

valent pu Pr

TEHM

L'année précédente (1751), M. Picquet avait fait une excursion sur le lac Ontario, dans

betlIl le but de recruter des néophytes pour sa mission. Ilécrivit le récit de son voyage ; c’est un 1, € e : ar se re RE 5 document intéressant, qui nous fait, pour ainsi dire, accompagner le missionnaire dans sa

course autour de ce lac si convoité alors par l'Angleterre.? ne: Le eanot monté par abbé Picquet était conduit par six Canadiens ; un autre canot le es suivait, monté par cinq sauvages.

entre les Après avoir franchi les Mille-Fles, on arriva au fort Frontenac, où s'élève aujourd'hui la Abe ville de Kingston. C'était autrefois le rendez-vous de beaucoup de sauvages ; il n’y en avait

resque plus, paree que le fort Oswégo avait pour eux bien plus d’attrait.

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