Ce qui est premier par exce|l«»ncp. » (TR
DU FONDBMflNT DE LA MORALK DANS KANT. 45
absolu. — Celai donc qn\ songe pour cette autonomie à un principe pris hors d'elle, qui le demande, ou qui le cherche, celui-là^ Tëcole de Kant doit le Juger ou dépourvu de conscience morale (I), ou sujet dsns la spéculation, et grâce & de faux principes, à la mëconnaftre. Et quant à l'école de Fich te et Schelling^ elle verra en lui un être atteint de cette grossièreté d'âme, qui voua rend incapable de philosophie, et qui est le propre du vulgaire profane, de la brute épaisse, ou pour emprunter le langage fleuri de Sehelling, du profanum vulgus et de Vignarum peeu8.9 Quand on en est réduit, pour soutenir une doctrine,à de telles audaces, ehscun sent bien ce qu'elle peut valoir. Et pourtant, c'est au respect qu'inspiraient ces coups de force, qu'il faut attribuer la naïve confiance des Kantiens en leur impératif catégorique: ils l'admettaient et désormais voyaient là une affaire faite. Et en effet, comme, sur ce point, s'opposer à une thèse toute théorique, c'était risquer de se faire taxer de perversité morale, chacun, tout en «'avouant qu'au fond de sa propre conscience, il ne s'apercevait guère qu'il y eût un impératif catégorique, ne tenait pas à le dire tout haut, et se disait tout bas que chez les autres, il était bien plus développé, bien plus fort, qu'il se révélait à eux plus clairement. Car il ne nous plaît guère de montrer au dehors le dedans de notre conscience.
C'est ainsi que de plus en plus, dans l'école de Kant, la Raison pratique aveo son impératif catégorique se révèle sous l'aspect d'une réalité surnaturelle, d'un Temple de Delphes établi dans l'âme humaine ; là, du fond d'un sanctuaire obscur, sortent d'infaillibles oracles,qui n'annoncent malheureusement pas ce qui arrivera, mais bien ce qui doit arriver. Mais une fois qu'on a admis, ou plutôt qu'on a, tant par ruse que par force, attribué
1. « C'était bien mon idée I Quand ils n'ont plus rien de rai-
[sonnable à vous répliquer.
Vite, ils font invasion dans voire conscience. » TNoie de
[I auteur.) Ces deux vers sont extraits d'une pièce de Schiller: Us PhUosôphes, (TR.)
a la Raison pratique cette puissance immédiate (i), le malhenr est qae plus tard ce même caractère se commaniqne à la Raison théorique : Kant n'a-t-il pas dit lui-même, et souvent, qu'elles ne font pas deux, (ainsi, dans la Préface, p. xii, R. 8). Quand on reconnaîtra dans le domaine de la Pratique, une Raison qni rend ses arrêts < ex tripode » (2), un pas de plus, et Ton accordera à sasœur^ qui même lui est consubstantielle, la Raison théorique, le même privilège ; on lui trouvera, à elle aussi, le même caractère de puissance non-médiatisée: il y a à cela tant d'avantages, et si évidents ! Aussitôt on voit tous les philosophailleurs, les amateurs, les dénonciateurs des athées, J. Jacobi en tête, s'introduire en hâte par cette petite porte qui vient de s'ouvrir poarenx à r improviste : ils courent au marché vendre leurs petites denrées, ou du moins essayer de sauver ce qu'ils ont de plus précieux entre leurs antiques biens, car un moment la doctrine de Kant avait menacé de tout foudroyer. — ^Dans l'existence d'un individu, souvent une seule faute de jeunesse sufit à gâter toute une vie ; de même cette seule erreur de Kant, d'avoir admis, en lui ouvrant un crédit d'ordre tout à fait transcendental, une Raison pratique, chargée, comme une cour suprême, de décider «sans considérants » , a suffi : par elle, de cette philosophie si précise, si sage, de la Critique, sortirent les doctrines qui lui sont le plus contraires, où Ton voit une Raison qui d'abord timidement pressent le supra sensible, puis bientôt le reconnaît avec netteté, enfin le saisit en personne par une intuition intellectuelle', qui formule des arrêts absolus, de ces arrêts qui tombent ex tripode, et des révélations, couvert fort commode aux amateurs pour glisser dessous leurs inventions. On ne tarda pas à utiliser ce privilège nouveau. Et voilà l'origine de cette méthode philosophique, qu'on voit apparaître aussitôt à la suite
1. Dans rancicn Empire, une puissance immédiate étaitcelle d'un prince qui ne relevait que de l'Empereur: il était souverain da^ns ses Etats. (TR.)
2, « Du haut du irôplcd, » (TR.)