‹ Le fondement de la moraleChapitre 21 sur 81 · LA THÉORIB DE LA CONSGISICCB DANS KANT · texte numérisé non relu

LA THÉORIB DE LA CONSGISICCB DANS KANT

sqq.) (I) ? ainsi aoas rentrorio&s donc dAns la voie de la crainte religiease, quoique par le paganiBine ?

Sans doute Kant» en nous donnant cet expose encore bref, mais suffisant pour l'essentiel, de sa théologie morale, se garde de lui attribuer aucune valeur objective : il n'y voit qu'une forme nécessaire aux yeux du sujet. Mais ce n'est pas assez pour l'absoudre de l'arbitraire qu'il met à faire cette construction, tout en la disant nécessaire pour le sujet seul : car il l'établit sur des affirmations sans fondement.

Ainsi une chose est claire : lorsque Rant nous représente l'action de la conscience comme un drame juridique, lorsqu'il observe d'un bout à l'autre cette forme comme si elle ne faisait qu'un avec le fond des choses, le tout pour arriver à tirer de là des conséquences, il attribue à la conscience ce qui ne lui est en rien ni essentiel ni propre. Cette forme est d'un emploi bien plus général : elle s'applique aisément en toute occasion de la vie pratique; le pins souvent, ce qui la suscite, c'est un conflit de motifs opposés, dont la Raison, par ses réflexions, éprouve successivement la force; et alors il n'importe, si ces motifs sont moraux on égoïstes, et s'il s'agit de délibérer sur un acte à faire, ou de ruminer un acte accompli. Mais si nous dépouillons toute cette théorie de sa forme de drame juridique, dont l'usage est ici tout facultatif, alors nous voyons s'évanouir aussi cette gloire dont elle était environnée, et cette majesté qui nous en imposait; tout ce qui reste, c'est ce fait, qu'au ressouvenir de nos actes, nous ressentons un mécontentement d'espèce particulière, et dont le caractère propre est de s'attacher à l'acte lui-même et non aux conséquences, et qui différant en cela du mécontentement que nous avons dans les autres cas, quand nous regrettons l'imprn-

1. Nestor, donnant ses conseils à son fils pour la oourse des chars, lui dit : « Allons, mon fils, mets dans ton âme la Sagesse {finviv) qui pourvoit à tout .. C'est par la Sagesse que sur la mer à la couleur vineuse le pilote dirige le vaisseau rapide... C'est par la Sagesse que le cocher l'emporte sur le cocher... » (TR.)

dence de notre conduite^ n'est point cause par des motifs égoi^ an contraire» ici^ ce qui nons mécontente, c'est d'avoir trop a^ en égoïstes, d'avoir regardé trop à notre intérêt, trop peu à ceki des antres, ou même d'avoir, sans intérêt, pris pour bot ie m d'antmi, le mal ponr le mal. Ooi, ce qui nous fâche et dm trouble, ce sont des maux que nous n'avons pas éprouvés, mai bien cauiés : voilà le fait dans sa nudité, et nul ne le méconnaîta Comment tient-ii à la seule base solide que puisse avoir réthiqi^ c'est ce que nous chercherons plus loin.

Mais sur ce fait primitif, Kant, comme un habile avocat, a &>: en l'embellissant et le grandissant, les derniers efforts ponr éu* blir une base capable de recevoir ensuite sa morale et sa thêt logie morale.

§ X. — La Théorie du caractère intelligible et du caractère empirique dans Kant — Théorie de la Liberté.

J'ai dû, pour servir la vérité, diriger contre la morale de Eao: des attaques, et qui ne s'arrêtent pas, comme celles des mes prédécesseurs, à la surface, mais pénètrent dans le fond du fond, et bouleversent tout. Maintenant, la justice exige, ce me semble, qii<^ je complète le tableau, en rappelant ici le très-grand et très éclatant mérite de Kant en morale. C'est d'avoir concilié la liberté avec la nécessité : cette théorie se trouve pour la première fois dans la Critique de la Raison pure (pp. 533-554 de la i" éd"; 561-582 de la 5^) ; mais l'auteur en donne un exposé plus clair encore dans la Critique de la Raison pratique (4« éd » pp. £69-179; R. 224-231).

Ce furent Hobbes d'abord, puis Spinoza, ensuite Hume et aussi d'Holbach dans son Système de la nature, enfin, et avec plus de détails et de profondeur, Priestley, qui firent voir l'enchalneineot étroit et nécessaire des actes de la volonté, mirent ce point hors de doute, et si clairement, qu'il faut le ranger parmi les vérités parfaitement démontrées : il n'y a plus que les ignorants cl les

DU CARACTÈRE INTELLIGIBLE DANS RANT. 8i

esprits grossiers, pour croire encore à une liberté qni appartiendrait à chacun des actes de Thomme, à un < liberum arbilrium indiiTerentiae (1). * Kant admettant les raisons d'ailleurs incontestables de ces prédécesseurs, regarda la doctrine- de la nécessité complète dans les actes de la volonté comme hors de question, et supérieure à toute espèce de doute ; et c'est ce qu'on voit par tous les passages où il considère la liberté du point de vue de la simple théorie. D'autre part il demeure certain que nos actes ont pour accompagnement la conscience d'un pouvoir propre dans l'agent ; celui-ci s'en croit la vraie source; il y reconnaît par suite son œuvre à lui, et avec une certitude parfaite, il se regarde comme l'auteur réel de ses actes : il s'en déclare moralement responsable. Or la responsabilité suppose, au moment de l'action, un pouvoir d'agir autrement qu'on n'agit, donc, en quelque façon, la liberté : ainsi la conscience de la responsabilité enferme aussi celle de la liberté. C'est pour résoudre cette contradiction, née du fond même des choses, que Kant, avec un sens profond, traça une distinction entre le phénomène et la chose en soi ; et c'est là le centre même de toute sa philosophie ; c'est son plus grand mérite, d'avoir ainsi trouvé la clef du problème.

L'individu, si l'on considère son caractère inné, immuable, dont tontes les manifestations sont réglées strictement par la loi de causalité, agissant ici par l'intermédiaire de l'intellect, et appelée par suite enchaînement des motifs, l'individu n'est qu'un phénomène. Mais la chose en soi, qui sert de fond à ce phénomène, est placée hors du temps et de l'espace : elle est donc soustraite à toute condition de succession et de pluralité; elle est une et immuable. Sa constitution en elle-même, voilà le caractère intelligible : celui-ci, également présent dans tous les actes de l'individu, et imprimé en eux tous, ainsi qu'un même cachet en mille empreintes, détermine le caractère entpirique du phénomène, celui qui se développe dans le temps, dans la série des actes : aussi dans toutes les manifestations du phénomène, telles

\, « Liberty d*fndîfférepce. » (TR*)

M LE FONDBVISNT DK tA MOBALS.

que lai motifs les provoquent, on remarque la même constance qu'une loi de la nature imprime à ce qui lai obéit ; ainsi tous les actes doivent s'enchaîner en une série nécessaire. Déjà depuis lon|(tamps les meilleurs esprits avaient remarqué cette immutabi- Mié, cette stabilité indestructible qui appartient au caractère empirique de tout homme ; les autres seuls se figuraient qu'on peut, par de sages représentations, en lui faisant la morale^transformer le caractère d'un homme. Maintenant^ cette remarque se trouve appuyée sur un principe rationnel,la philosophie l'accepte, et se trouve ainsi mise d'accord avec l'expérience; elle n'a donc plus & rougir devant la sagesse populaire, qui depuis si longtemps avait exprimé cette vérité dans le proverbe espagnol : « Lo que entra oonel capillo, sale con la mortaja. > (Ce qui vient avec le béguin du nourrisson, s'en va avec le linceul.) Ou encore : < Lo que en la lèche se mama, en la mortaja se derrama. > (Ce qui se suce avec le lait, s'en va avec le suaire.)

Cette théorie de Kant, de la coexistence de la liberté avec la nécessité, esta mon sens la plus grande idée où rhomme,approfondissant les choses, soit parvenu. Cela et l'esthétique transcendentale, voilà les deux plus beaux diamants de la couronne glorieuse de Kant: ilsne s'obscurciront jamais. — A vrai direSchelling, dansson Eisai iur la Liberté, a bien pu, grâce h son style vivant, coloré, à sa clarté dans l'exposition, donner une paraphrase, plus saisissable pour beaucoup d'esprits, de cette théorie de Kant; et je l'en louerais, s'il avait eu la loyauté de dire en même temps que ce qu'il nous offrait là, c'était la sagesse de Kant, et non, comme le croit encore une partie de ce public qui s'occupe de philosophie, sa propre sagesse.

Pour mieux comprendre cette doctrine de Kant, et parla même l'essence de la liberté en général, il est bon de la rapprocher d'une vérité universelle, dont je trouve la formule la plus concise dans une des propositions favorites de l'Ecole : < Operarî sequitur esse (1) ; » en d'autres termes, dans le monde chaque

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